Sommes-nous aussi libres que nous le croyons ? Ne sommes-nous pas déterminés, d’une manière en grande partie inconsciente, par des désirs que nous n’avons pas choisis et qui rendent impuissante notre volonté ? Dans un article lumineux, désormais accessible gratuitement en ligne, le philosophe Olivier Boulnois montre comment les pensées de Freud et de saint Augustin, aussi différentes qu’elles soient, éclairent le rapport entre liberté et libido. Nous sommes ainsi aidés dans notre réflexion sur les conditions de notre libération intérieure.

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Extraits de l’article « À la recherche de la liberté » :

Olivier Boulnois, « À la recherche de la liberté », Transversalités, 139 [2016] 149-179 :

p. 169-170 :

En mettant en évidence cette maladie de l’âme, Freud est ramené, par la logique même de son vocabulaire, à retrouver la radicalité de saint Augustin, l’inventeur du concept d’impuissance de la volonté.

Quels sont les points communs avec l’analyse d’Augustin ?

C’est une analyse du péché originel. Ce que retrace Freud, ici, c’est une faute (Schuld) à l’origine de toute névrose. […]

Le motif de notre faiblesse n’est pas l’existence de deux âmes en nous (Augustin, contre les manichéens), ni d’un esprit étranger (Freud, contre la superstition). Mais c’est précisément la division de notre âme en plusieurs parties et la révolte d’une partie contre l’autre.

Elle a pour conséquence qu’une partie de notre pensée nous échappe, et que la vie instinctive de la sexualité ne pourra plus jamais être complètement domptée en nous […].

 La solution de Freud est d’un augustinisme impressionnant : « Rentre en toi-même, dans tes tréfonds, et apprends d’abord à te connaître ! Alors tu comprendras pourquoi tu dois nécessairement (musst) tomber malade, et peut-être éviteras-tu de le devenir. » C’est le même recours à l’introspection que chez Augustin : « Ne va pas au dehors, rentre en toi-même » 

Freud emprunte à Augustin son concept central. Car c’est Augustin qui a développé l’analyse de la convoitise (libido), pour désigner l’ensemble des puissances charnelles, en tant qu’elles s’opposent à la volonté. L’expression venait de Cicéron, qui opposait deux sortes de désir, le désir uni à la raison, qu’il appelle voluntas (volonté), le désir charnel, irrationnel, libido. Au sein de nos désirs, tout ce qui échappe à notre volonté est convoitise (libido ou concupiscentia).

Il faut cependant souligner deux différences : […]

p. 178-179 :

Quel pouvoir avons-nous, sinon celui de désirer la liberté ? Désirer, c’est reconnaître que quelque chose nous manque. Nous ne sommes pas encore libres, mais nous pouvons apprendre à le devenir. Ainsi, il nous faut apprendre à désirer ce qui est, en soi, le désirable. C’est-à-dire qu’il faut l’aimer.

Et cela, c’est à nous de le décider [fin de l’article].

Sur la question de la liberté, voir aussi, sur ce site :

Liberté et neurosciences »

Grâce et liberté »

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