Le défi de l’intériorité2018-06-18T17:22:34+00:00

Sous la direction de Jean-Baptiste LecuitLe défi de l’intériorité. Le carmel réformé en France 1611-2011, Desclée de Brouwer, 2012

La première partie de cet ouvrage – historique – est consacrée à l’arrivée des carmes déchaux en France en 1611, dans le milieu religieux et culturel du XVIIe siècle français, et à son influence.
Dans la seconde partie, les ressources de la théologie, de la philosophie et de la psychanalyse sont mobilisées pour répondre à la question évoquée par le titre de cet ouvrage : comment comprendre aujourd’hui la relation personnelle à Dieu, qui est au coeur de la voie carmélitaine ? Bien entendu, cette relation personnelle à Dieu n’est pas simple affaire d’intériorité. Mais c’est sur l’intériorité que l’accent est placé. Cela est requis par la spiritualité même des carmes déchaux.

Avec la contribution de Jacques Arènes, Christian Belin, Jean-Louis Chrétien, Jacques Gagey, Fabienne Henryot, Bernard Hours, Jean-Baptiste Lecuit, Stéphane-Marie Morgain, Olivier Rousseau, Gilles Sinicropi.

Table des matières

Introduction – L’intériorité et le Carmel, de 1611 à nos jours,
par Jean-Baptiste Lecuit 9
L’intériorité chrétienne et les carmes déchaux 9
Le défi de l’intériorité 10
Le Carmel réformé 12
De 1611 à nos jours 13
Première partie
LA PORTÉE DE L’ARRIVÉE DES CARMES DÉCHAUX
EN FRANCE EN 1611
Chapitre Premier – La préhistoire de l’arrivée des carmes déchaux
à Paris : Entre mission et stricte observance (1583-1611),
par Stéphane-Marie Morgain. 19
La réforme thérésienne en Italie (1583-1600). 20
L’expansion missionnaire du Carmel thérésien (1600-1610) 31
L’installation des Carmes en France (1609-1611). 37
Conclusion 43
Chapitre II – Les carmes déchaux et le couvent Saint-Joseph
de Paris. Repères chronologiques et bibliographiques,
par Gilles Sinicropi 47

Chapitre III – « Fonder la religion ».
L’installation des carmes déchaux en France (1611-1708),
par Gilles Sinicropi 57
Chapitre IV – Les carmes déchaux dans le devenir de la
réforme catholique en France au XVIIIe siècle
,
par Bernard Hours. 93
Un ordre parmi d’autres ?. 95
Débats internes : de la gouvernance à la réforme 101
Une identité menacée de dissolution. 112
Chapitre V – Les carmes et carmélites déchaussés face au livre
au XVIIe siècle,
par Fabienne Henryot 123
Du modèle à la norme 126
De la norme à la pratique 138
Conclusion. 148
Chapitre VI – Le Carmel dans la littérature spirituelle française
du XVIIe siècle,par Christian Belin 153
Un Carmel gallican. 154
Configurations intérieures. 158
« La plus perdue mysticité… ». 163
« Je me vois aboutir… » 165

Deuxième partie
LA RELATION PERSONNELLE À DIEU,
QUI EST AU COEUR DE LA VOIE CARMÉLITAINE
Introduction – Intériorité et foi chrétienne,
par Jean-Baptiste Lecuit 173
L’intériorité dans le Nouveau Testament 173
Le terme d’intériorité dans la littérature chrétienne. 175
Le défi de l’intériorité aujourd’hui 177

Chapitre VII – L’union à Dieu selon la tradition du Carmel,
par Olivier Rousseau 179
Les écueils à éviter 180
Chemin de l’union à Dieu. 183
Nature de l’union à Dieu. 191
Chapitre VIII – L’espace intérieur dans la pensée
de sainte Thérèse d’Avila,
par Jean-Louis Chrétien 201
Chapitre IX – L’être religieux du monde pluriel, et son intériorité,
par Jacques Gagey 223
Chapitre X – Prière et défi de la subjectivation,
par Jacques Arènes 235
La subjectivation face à la question du religieux :
éléments historiques 237
La prière et le défi d’exister 241
Accès à l’autoréférence et dialogue intérieur. 245
Quand le problème se fait prière 252
Chapitre XI – L’habitation de Dieu en l’homme :
du message à l’expérience,
par Jean-Baptiste Lecuit 259
Approches théologiques de l’inhabitation trinitaire 262
Du message à l’expérience 267
Ouverture. 278

Chapitre du livre consacré à l’inhabitation trinitaire

Consulter le chapitre »

Extrait de l’introduction

(par Jean-Baptiste Lecuit)

Le défi, ou les défis de l’intériorité, se présentent comme autant de questions dont la formulation binaire n’appelle par nécessairement une réponse unilatérale. La désaffectation de nombreux cloîtres, liée à l’appauvrissement numérique de la vie religieuse, est-elle l’indice d’une perte du sens de l’intériorité, ou simplement du fait que la quête d’intériorité se vit hors de la foi chrétienne ? L’intériorité est-elle présence à Dieu, ou présence à soi-même ? Est-elle ouverture aux autres, ou repli sur soi ? Fait-elle cheminer à la suite du Christ, ou tourner en rond, autour de soi-même ou d’une idole ? Est-elle réservée aux contemplatifs, ou accessible à tous ?

Ces questions sont liées à un contexte bien différent de celui de l’arrivée des carmes déchaux en France, il y a quatre cents ans. L’époque présente est en effet marquée par une perte d’influence considérable de la foi chrétienne, par l’accélération des rythmes de vie, la multiplication des sources de distraction. Tout cela n’invite pas à l’intériorité. Mais ce même contexte, par certains côtés, favorise la quête d’intériorité. Fût-ce au risque d’un certain individualisme, il valorise en effet la conscience de soi, l’attention à ses états d’âmes, à ses choix personnels.

Il n’est donc pas étonnant que le terme d’intériorité, qui n’était pratiquement pas employé il y a quatre cents ans, connaisse aujourd’hui une certaine vogue. On le trouve sur la couverture des livres, dans la littérature de bien-être, dans les rayons de spiritualité ou de religion, et jusque sur les tracts des centres spirituels. Mais il est bien loin de toujours évoquer l’intériorité au sens chrétien du terme. Dans les dix premiers résultats d’une recherche de ce terme sur Internet, l’intériorité philosophique voisine avec l’intériorité psychologique ou éthique. Quant à l’intériorité religieuse, elle n’y apparaît pas seulement comme chrétienne, mais comme bouddhiste, par exemple, ou soufi. Comme le dit l’un de ces sites : « L’intériorité est le creuset de notre humanité. Chaque tradition spirituelle l’appelle d’un nom différent : l’Esprit, la Grâce, Dieu, Allah, l’Être ou la Présence… Peu importe le vocabulaire, ce qui nous rassemble c’est que la ressource existe en chaque personne ».

Mais en dépit des bouleversements intervenus depuis le xviie siècle, des continuités sont repérables : l’ordre du Carmel est toujours bien vivant, les auteurs carmélitains continuent d’être lus et médités et, plus largement, même si c’est loin d’être un phénomène de masse, notre époque est marquée par une certaine « soif de spiritualité », ou par une « quête d’intériorité », comme l’on dit de nos jours.

Le Carmel réformé

Dans cet ouvrage, il sera surtout question du Carmel réformé en France, de 1611 à 2011, année du quatrième centenaire de son implantation en ce pays. De fait, l’ordre du Carmel, né au treizième siècle en Palestine – au Mont Carmel, dont il tient son nom –, a connu plusieurs réformes. La plus célèbre et la plus marquante historiquement, par son expansion et son rayonnement, la seule aussi qui ait perduré, fut introduite par la grande sainte et mystique espagnole, la carmélite Thérèse de Jésus, plus connue sous le nom de Thérèse d’Avila. Cette réforme, dite thérésienne, eut lieu au xvie siècle, dans le contexte d’une réforme des ordres religieux voulue par le Concile de Trente et soutenue en Espagne par Philippe II en personne. Elle concerna les carmélites, mais aussi les carmes, et en particulier saint Jean de la Croix, autre grand saint et mystique espagnol, docteur de l’Église comme Thérèse, et l’un des deux premiers carmes déchaux.

Un point mérite particulièrement l’attention. Selon les termes des constitutions actuelles des carmes déchaux (§ 11), cette réforme fut une « rénovation ». Une rénovation qui ne consista pas seulement en une plus grande sobriété de vie, s’exprimant notamment par le port de sandales, au lieu de souliers, ce qui explique l’appellation de carmes déchaussés, ou déchaux. Cette réforme ou rénovation a aussi consisté, entre autres choses, à promouvoir le recueillement et la vie d’oraison. Aujourd’hui encore, les carmes et les carmélites déchaux consacrent deux heures par jour à cette forme de prière silencieuse, selon le charisme de Thérèse d’Avila. Les constitutions des carmes précisent (§ 2) : « nous considérons sa vie intérieure et son union au mystère du Christ comme le modèle admirable de notre consécration religieuse ». Cette phrase confirme, s’il en était besoin, combien l’intériorité, la vie intérieure, est un aspect essentiel de la relation personnelle à Dieu, qui est au cœur de la voie carmélitaine.

De 1611 à nos jours

Avant de s’interroger sur l’intériorité à l’époque actuelle, il convient de scruter le contexte de l’arrivée en France des carmes déchaux. C’est ainsi que la première partie de cet ouvrage – historique – est consacrée à cet évènement survenu dans le milieu religieux et culturel du xviie siècle français, et à son influence.

Dans la seconde partie, les ressources de la théologie, de la philosophie et de la psychanalyse sont mobilisées pour répondre à la question évoquée par le titre de cet ouvrage : comment comprendre aujourd’hui la relation personnelle à Dieu, qui est au cœur de la voie carmélitaine ? Bien entendu, cette relation personnelle à Dieu n’est pas simple affaire d’intériorité. Mais c’est sur l’intériorité que l’accent est placé. Comme nous le montrerons, cela est requis par la spiritualité même des carmes déchaux.

 

L’illustration du site

Il s’agit d’un détail de la Création d’Adam, de Michel-Ange. La proximité entre le doigt d’Adam et celui de Dieu symbolise le lien entre l’être humain et Dieu. Elle évoque aussi le rapport entre les visions scientifique et théologique de l’être humain.
Jean-Baptiste Lecuit, auteur de ce site

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