Dette et désir, ouvrage majeur d’Antoine Vergote2018-06-18T21:09:54+00:00

Dette et désir. Deux axes chrétiens et la dérive pathologique, Seuil, 1978,  le maître ouvrage d’Antoine Vergote, malheureusement épuisé, intégralement disponible sur ce site :

Mot de passe : AVDD

Recension

Lire une recension de l’ouvrage » (par Jacques Maître) Lire un texte sur la névrose collective de culpabilité » (de Jean Delumeau) se référant principalement à cet ouvrage

Quelques extraits de Dette et désir

53-54 : « Il suffit de répertorier tout ce qui compose une religion pour se rendre compte qu’elle n’est pas une somme de croyances, mais qu’elle reprend et ordonne les formes, les vecteurs et les objets de la vie pulsionnelle. Illustrons cela par le christianisme. Le Christ représente un modèle d’identification ; l’eucharistie est un repas, donc une incorporation ; la promesse de la résurrection ranime et prolonge le désir de bonheur ; le rite des funérailles rappelle la condition mortelle et situe la mort dans une histoire humaine ; l’insertion dans la communauté de foi cherche ses motifs psychologiques dans le lien libidinal mais élargit et rectifie celui-ci ; le rapport filial au Père poursuit et libère le lien complexe et conflictuel au père… On comprend que des psychanalystes, tel E. Jones, découvrant cet empiètement de l’une sur l’autre, aient cru pouvoir entièrement expliquer la religion par la psychanalyse, quitte à laisser aux croyants le jugement de vérité “philosophique sur les significations religieuses. La descente du religieux dans le psychique et, corrélativement, la genèse psychique se ramifiant à l’intérieur de la religion sont analogues à la fonction de “métabolisation” qu’accomplit la religion chez les peuples en voie d’acculturation.  » 54 : « De la conjonction entre le religieux et le psychique, on ne peut cependant pas conclure que la religion, restituée dans sa vérité, par les signes et les messages qui lui sont propres, est en mesure de libérer les malades. Elle a certainement pareille efficacité dans des moments conflictuels où les expériences nouvelles réveillent les antagonismes antérieurs. Comment n’en serait-il pas ainsi si déjà l’expression artistique aide à dépasser les adversités psychiques ? Mais l’expérience démontre qu’elle est inopérante sur des perturbations qui accumulent une longue histoire. Et ce qui plus est, il est des cas où la religion reprend en elle ces distorsions, des cas même où elle les polarise et les confirme ; Encore faut-il en même temps ajouter que la maladie est toujours aussi une forme de guérison, malheureuse certes, celle dont le sujet était capable devant la débâcle qui le menaçait. » 73 : « La religion ne pourrait accomplir cette diversion [/ obsession] si elle ne présentait pas des analogies de contenu et de structure avec ce qui se passe dans l’inconscient. Cette analogie a une double portée : dans sa pathologie même, la névrose obsessionnelle représente une question universelle pour l’homme ; d’autre part, la religion a quelque parenté avec la maladie psychique. En raison de l’analogie, la religion a tendance à prendre une position antipsychiatrique et la psychiatrie incline à psychiatriser la religion. » 208 : « La passion mystique émerge naturellement des conditions troubles qui lui donnent naissance, car le passé archaïque anticipe sur l’avenir. Le tout est de savoir comment l’avenir reprend ce passé en le transformant. La névrose ne se produit pas en dehors d’un désir qui cherche à s’accomplir ; mais un désir qui s’accomplit diffère des formations où s’enlise la névrose. Or l’extraordinaire auto-analyse fait des œuvres de Thérèse d’Avila un traité du désillusionnement dont la psychanalyse pourrait s’inspirer. » 214 : « La métamorphose de la sexualité dans la sublimation, on peut la suivre à la trace dans l’épopée spirituelle de Thérèse d’Avila. Elle aboutit à l’effacement du moi qui, par l’effacement, s’éveille au “je” en première personne, présent mais oublié, fait à l’image de Dieu et capable d’être en Lui et de Le recevoir en soi, éprouvant, dans cet accomplissement amoureux du désir, une jouissance sans représentations, pure jubilation. L’idée biblique de l’homme fait à l’image de Dieu et la conviction croyante que Dieu est au-delà de toute représentation se donnent la main pour effacer progressivement dans le rapport à Dieu tout attachement à une expérience affective émergeant des sensations. Pour se retrouver dans sa vérité et pour s’adresser à l’Autre tel qu’Il est, Thérèse d’Avila veut s’identifier à Dieu et pour cela elle se rapporte à Lui tel que, dans la foi, elle Le reconnaît : sujet de sa parole, au-delà de tout imaginaire. L’ascèse est une véritable mort-ification, négation du moi sensuel des plaisirs et du moi attaché à ses représentations de lui-même ; par cette mort, le moi reconquiert son identité oubliée de “je” sujet à la parole dans laquelle s’énonce et se présentifie le Je divin. »

278 : « Ce que l’avènement de la psychanalyse a apporté, c’est l’intelligence que les éventuelles puissances surnaturelles, sur lesquelles se prononce la conscience religieuse, ne se juxtaposent pas aux puissances psychiques et que leur causalité éventuelle s’insère dans les vicissitudes humaines. Là où la démonologie croyait reconnaître une contre-nature surnaturelle, la psychologie clinique découvre les manifestations de la nature psychique. […] En démythisant la croyance à la possession diabolique, la psychologie clinique laisse néanmoins la liberté de croire à l’œuvre du Malin, mais elle lui en lève son appui dans le visible. […] Pour inexpliqués que demeurent dans leur fond les phénomènes pathologiques, on ne saurait loger une puissance surnaturelle dans les interstices de la psychologie. » 299 : « De soi, la psychanalyse n’a évidemment rien à dire sur le sens de la foi, même si la manière dont le croyant se l’approprie ne demeure pas en dehors d’un travail analytique. » 307 : « Naissant de la rencontre entre le Dieu qui excède la raison et la vie psychique qui excède les intentions conscientes, la foi vécue déborde l’univers intelligible et sa démarche est peu assurée. Les signes divins descendent dans nos profondeurs immémoriales et celles-ci leur prêtent leur densité pulsionnelle. Au regard théorique, les signifiants du langage religieux composent un ensemble ordonné et ils paraissent participer à l’immuabilité de l’Éternel, comme un ciel tissé de constellations. Mais la foi n’est pas la contemplation de vérités théoriques qui sont extérieures à notre substance charnelle. […] Comme consentement à un Dieu vivant, la foi fait entrer Dieu dans la réalité psychique et elle porte celle-ci vers les signes divins. […] En engageant l’homme bien au-delà de sa raison lucide, la foi se remplit aussi des forces obscures et des paroles voilées qui habitent le corps psychique. Les péripéties du psychisme et celles de la foi sont dès lors solidaires. En conséquence, l’intelligence de la foi passe par l’élucidation de la dramatique psychique et la considération de l’ordre de la foi clarifie les lois et les événements du psychisme. Nous avons pratiqué cette analyse à double entrée, et elle nous a permis de circonscrire quelques perturbations majeures qui menacent la vie religieuse. » 308 : « […] l’idée d’une santé sans troubles et celle d’une authenticité religieuse sans ombrages ne sont que des phantasmes d’omnipotence blindée. » 311 : « […] le désir qui se voudrait pur de toute illusion ne soutiendra pas la passion qui l’anime et où se rejoignent les racines obscures et les signes lumineux, les voix anciennes et l’appel de celui qui vient. Le désir qui se surveille trop rigoureusement et ne fais pas confiance à la part incertaine de déraison en lui ne connaîtra jamais le temps de l’amour et de la jouissance. »

L’illustration du site

Il s’agit d’un détail de la Création d’Adam, de Michel-Ange. La proximité entre le doigt d’Adam et celui de Dieu symbolise le lien entre l’être humain et Dieu. Elle évoque aussi le rapport entre les visions scientifique et théologique de l’être humain.
Jean-Baptiste Lecuit, auteur de ce site

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