Dans son recueil d’entretiens avec Dominique Wolton, le pape François s’est exprimé à propos de la psychanalyse. Non seulement il la prend en compte dans son interprétation de la rigidité morale — en particulier celle de certains prêtres —, mais il évoque sa consultation, pendant six mois, d’une psychanalyste. En voici quelques extraits :

« Derrière chaque rigidité, il y a une incapacité à communiquer. Et j’ai tou­jours trouvé… Prenez ces prêtres rigides qui ont peur de la communication, prenez les hommes politiques rigides… C’est une forme de fonda­mentalisme. Quand je tombe sur une personne rigide, et surtout un jeune, je me dis aussitôt qu’il est malade. Le danger est qu’ils cherchent la sécurité.

[…/383/…] On sent que ces hommes pressentent incon­sciemment qu’ils sont “malades psychologique­ment”. Ils ne le savent pas, ils le sentent. Et ils vont donc chercher des structures fortes qui les défendent dans la vie. Ils deviennent policiers, /384/ ils s’engagent dans l’armée ou l’Église. Des insti­tutions fortes, pour se défendre. Ils font bien leur travail, mais une fois qu’ils se sentent en sûreté, inconsciemment, la maladie se manifeste. Et là surviennent les problèmes. Et j’ai demandé : “Mais, docteur, comment cela s’explique-t-il ? Je ne comprends pas bien.” Et elle m’a donné cette réponse : “Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi il y a des policiers tortionnaires ? Ces jeunes garçons, quand ils sont arrivés, étaient de braves garçons, bons, mais malades. Puis ils sont devenus sûrs d’eux, et la maladie s’est déclarée.”

Moi, j’ai peur de la rigidité. Je préfère un jeune désordonné, avec des problèmes normaux, qui s’énerve… car toutes ces contradictions vont l’ai­der à grandir. On a déjà parlé des différences entre Argentins et Français… Les Argentins sont très attachés à la psychanalyse, c’est exact. À Buenos Aires, il y a un quartier très chic, un quartier qui s’appelle Villa Freud. C’est le quartier où sont tous les psychanalystes. 

Dominique Wolton : Mais ça, c’est une catas­trophe. Il ne faut jamais mettre plusieurs psycha­nalystes ensemble, parce qu’après ils deviennent prétentieux. Cela n’empêche pas que la psychana­lyse soit une des plus grandes révolutions intel­lectuelles et culturelles du xxe siècle ! /385/ Pape François : Mais ils ne sont pas tous pareils. Certains sont comme ça. Mais j’en ai aussi connu qui étaient très humains, très ouverts à l’huma­nisme et au dialogue avec d’autres sciences aussi, avec la médecine…

Dominique Wolton : Oui, bien sûr ! Quand ils sont médecins, ils sont souvent meilleurs, parce qu’ils savent ce qu’est l’art de soigner. Je le sais depuis longtemps, par mon entourage immédiat. Quand ce sont des intellectuels, en revanche…

Pape François : Mais quand ils échangent avec la science… j’en connais une par exemple, qui est très douée, une femme de qualité, plus ou moins la cinquantaine. Elle travaille à Buenos Aires, mais elle vient trois fois par an don­ner des cours, une semaine en Espagne et une semaine en Allemagne. C’est intéressant, elle a trouvé une façon d’enrichir l’analyse psychana­lytique avec l’homéopathie et beaucoup d’autres sciences.

Mais ceux que j’ai connus m’ont beaucoup aidé à un moment de ma vie où j’ai eu besoin de consulter. J’ai consulté une psychanalyste juive. Pendant six mois, je suis allé chez elle une fois par semaine pour éclaircir certaines choses. Elle a été très bonne. Très professionnelle comme /386/ médecin et psychanalyste, mais elle est toujours restée à sa place. Et puis un jour, alors qu’elle était sur le point de mourir, elle m’a appelé. Pas pour les sacrements puisqu’elle était juive, mais pour un dialogue spirituel. Une très bonne personne. Pendant six mois, elle m’a beaucoup aidé, j’avais à l’époque 42 ans. » (Pape François, Politique et société. Rencontres avec Dominique Wolton, Paris, Éditions de l’observatoire, 2017, p. 382-386)