Comment la foi est-elle mise à l’épreuve par la psychanalyse ? Est-elle nécessairement détruite par elle ? Peut-elle s’en trouver approfondie ? Voici quelques ressources pour répondre à ces questions avant tout existentielles, qui peuvent intéresser aussi les personnes qui n’ont pas l’expérience de la foi ou de la psychanalyse.

Un dossier du journal La Croix

« Quand les croyants passent sur le divan ». Avec des avis de Jean-François Noël, Anne-Marie Saunal, Jean-Baptiste Lecuit, Pierre Isenmann, Gérard Haddad

Un extrait du livre L’Anthropologie théologique à la lumière de la psychanalyse

Dans ce passage sur « La foi à l’épreuve de la psychanalyse », il est notamment montré que « dans la mesure où elle fonctionne avant tout comme protection contre l’angoisse ou servante du narcissisme, la croyance religieuse, si elle peut résister quelque temps aux épreuves de la vie,ne résiste pas à l’épreuve psychanalytique » et que « dans la mesure où elle est accueil de la personne du Christ comme témoin authentique, la foi mûrit dans les épreuves, y compris dans celle de la psychanalyse, qui lui est même profitable »

Des réflexions de Maurice Bellet

Extraits de son ouvrage Foi et psychanalyse, DDB, 1973

p. 13-14 : Ce qui se révèle peu à peu à lui [le sujet en analyse] ne peut se donner ailleurs qu’au long de ces séances si déconcertantes pour l’intelligence et pour “l’analyse” introspective.

Ne peut-on du moins y suppléer par une étude sérieuse, par la lecture de Freud, la discussion avec des hommes compétents, la réflexion lucide sur l’expérience personnelle ? Analystes (et analysés) répondent nettement : non. Rien d’autre ne peut tenir lieu d’être justement en ce lieu, étendu sur ce divan, dans la nécessité de supporter des silences presque intolérables, de traverser angoisses et résistances, de vivre le “transfert” ; tandis que l’analyste est présent, mais hors de portée du regard, et qu’il intervient peu, et pas comme on le souhaite. Et rien ne peut être, en fin de compte, plus éloigné de l’analyse qu’une certaine “culture psychanalytique” ; on croit savoir, mais ce “savoir” conceptuel fait écran à la connaissance effective, qu’on ne saurait atteindre en faisant l’économie de l’analyse.

Tel est du moins le point de vue de ceux qui justement connaissent la psychanalyse “du dedans”. On peut s’en agacer, s’en irriter, trouver là une prétention insupportable. On peut, et non sans motif, dénoncer la suffisance, l’esprit d’école, les systématisations excessives de certains analystes ; et plus encore de ces innombrables “partisans” de l’analyse, amateurs qui n’ont de cesse de “psychanalyser” tous ceux qui les approchent, en se gardant bien d’en tâter pour eux-mêmes.

Mais en revanche, il ne paraît guère prudent, voire guère honnête, de ne pas tenir compte de ce que pensent ceux qui se sont risqués réellement à faire l’expérience. Le chrétien jugeant du haut de la vérité, par-dessus la connaissance durement acquise des hommes compétents, cela n’a pas souvent donné d’heureux fruits. Le “bon sens” et les “exigences de la foi” s’opposaient déjà à Galilée…

p. 37 : [Pour le croyant en psychanalyse] Le Christ, cœur de la foi, n’est plus simplement cet “objet de croyance” qu’il faut à tout prix maintenir contre les objections ou les doutes, mais Celui qui, le premier, fait le chemin de la vérité ; qui, par une démarche, intérieure à la religion, par un achèvement et retournement de la religion même, met fin à tout l’ancien règne du sacré et du démoniaque, crée la tâche suprême de vérité. La religion n’est plus ce en quoi je suis comme enfermé, incapable d’en sortir sous peine de péché, mais le lieu de la tâche commencée dans le Christ, et signifiante pour tout homme. Aussi, ce que je crois n’est pas pour moi l’ultime refuge devant la montée du déluge, le “noyau” qu’il faut à tout prix préserver ; c’est plutôt l’expérience fondamentale et d’abord obscure où l’homme doit avancer sur son propre chemin, à l’étude d’une Parole qu’il n’épuise pas, attentif à l’impitoyable réalité, ouvert enfin réellement à la présence de l’Autre. Expérience où la grâce apparaît enfin comme don, la liberté chrétienne comme liberté, la charité comme amour qui passe par la mort.

Un texte d’Antoine Vergote

« Psychanalyse et religion », dans J. Florence, A. Vergote et al., Psychanalyse, l’homme et ses destins, Peeters, 1993, p. 311-338
p. 328 : quelles que soient ses convictions personnelles [de l’analyste], l’éthique propre à sa pratique l’oblige non seulement à conserver sa neutralité eu égard aux convictions de l’analysant, mais également à prêter attention tout autant qu’au reste aux énoncés de celui-ci touchant la religion, et à aider enfin cet analysant, par ses interventions ponctuelles, à débrouiller les mixtes de religion et de névrose qui éventuellement l’habitent. Cette dernière tâche peut être délicate; elle impliquera en tout état de cause, de la part de l’analyste, une connaissance tant de la pathologie que de la religion, le rendant capable de distinguer ce qui fait objectivement partie de la religion confessée par l’analysant, et ce qui n’en est que l’appropriation pathologique ; s’il ne se croit pas compétent, du fait soit de son ignorance en matière religieuse, soit d’un malaise personnel touchant à ces questions, il ne peut que garder le silence — seul moyen de ne pas alors enfreindre les règles que son éthique lui impose, et de ne pas risquer surtout d’inhiber le progrès de la cure elle-même.

L’analyse des idées religieuses reprises dans le tissu névrotique amène généralement l’analysant à des doutes concernant sa religion, parfois même au rejet de celle-ci, parfois au contraire à son élucidation et à son approfondissement ; de nombreux facteurs — l’éducation qu’il a reçue, le poids d’une religion névrotique, son éthique personnelle, le transfert fait sur l’analyste, quelquefois les interventions non-analytiques de ce dernier — détermineront l’issue de ce débat intérieur.

Voir aussi

cet article sur l’athéisme de la psychanalyse »