L’envie est, avec l’orgueil, la luxure ou la colère, l’un des sept « péchés capitaux ». Elle a fort à voir avec ce que la Bible appelle la convoitise. Dans une récente interview, Nicole Jeammet, auteure notamment d’un ouvrage sur les péchés capitaux à la lumière de la psychanalyse, nous éclaire sur les enjeux psychiques et spirituels de « la chose la plus destructrice » que l’envie est à ses yeux. Voici cet article et d’autres documents sur le même sujet :

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Sur la convoitise des points de vue théologique et psychanalytique

voir ces extraits de J.-B. Lecuit, Le désir de Dieu pour l’homme. Une réponse au problème de l’indifférence, Cerf, 2017 »

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Extraits, concernant l’envie, du livre de Nicole Jeammet sur les péchés capitaux

Nicole Jeammet, Le plaisir et le péché. Essai sur l’envie, coll. « Les chemins du sens », Paris, Desclée De Brouwer, 1998 :
p. 12-13 :

En tout cas, une chose est sûre : si l’autre n’a pas partagé le plaisir de ce qu’il était ou de ce qu’il avait, deux conséquences en découlent : d’abord le plaisir qui a pu être donné hors d’un partage est ressenti comme moyen de prendre barre sur soi, et sera vécu comme particulièrement aliénant ; ensuite cet autre sera, lui, en revanche, vécu comme inatteignable et, au lieu de rassurer sur l’image de soi, il n’aura fait qu’exacerber la souffrance de l’envie : l’un a tout… pendant que l’autre n’a rien ; le besoin absolu de maîtriser la blessure de ce manque-à-valoir poussera alors à s’approprier par tous les moyens le “bon” qui miroite douloureusement à l’extérieur de soi tandis que la violence haineuse menaçant l’estime de soi obligera à sa méconnaissance, dans la nécessité d’un vécu d’innocence.

p. 30 :

Seules l’envie et la colère pointent directement la dimension relationnelle et subie de la souffrance éprouvée ; en première approche, l’envie présente un aspect totalement passif : le moi se vivant lui-même comme méprisable et défaillant se désespère d’un excès de plaisir et de pouvoir supposés chez l’autre.

p. 31 :

Ainsi est-ce derrière ses masques défensifs que l’envie est présente dans tous les autres péchés.

p. 31 :

[…dans la colère] il y a décharge directe de l’excitation dans un essai urgent et inapproprié de sortir de la passivité, donc de l’impuissance que fait vivre l’autre. Toutefois, notons combien la colère peut-être juste aussi car signe d’indignation devant une situation inhumaine ou scandaleuse (ce n’est jamais le cas de l’envie, qui renvoie à la rage de ne pas posséder ce qu’a un autre) et combien, s’opposant à l’indifférence, elle peut témoigner de la capacité à être affecté par le mal et à y réagi

p. 33 :

Ainsi, par deux voies différentes, le “manque” si cruellement souffert dans l’envie est dénié et transformé en “plein”. La toute-puissance a basculé du côté du sujet : celui-ci se refuse à l’autre en tant qu’objet et n’entend plus être que par et pour lui-même, afin de se protéger contre un intolérable vécu d’incomplétude susceptible d’être réveillé par la prise en compte de l’autre réel.

Si cette analyse est pertinente, cela veut dire que l’envie, et non l’orgueil comme cela a souvent été dit, est la matière première de toutes les autres passions.

p. 33-34 :

Cassien, dont nous avons déjà parlé, disait de l’envie qu’elle était la “gourmandise de l’esprit”. Ève prenant le fruit défendu et le mangeant en est la parfaite illustration. L’envie, tout comme la gourmandise, n’exige-t-elle pas de s’emparer sans délai de ce qui à l’extérieur de soi apparaît comme bon, pour le faire sien ?