Notre série sur les rapports entre prière, méditation et vie psychique se conclut par quelques réflexions concernant la possibilité d’expérimenter la présence de Dieu en soi. Exposées une première fois dans l’ouvrage de Jean-Baptiste Lecuit (auteur de ce site) Quand Dieu habite en l’homme (2010), elles ont été enrichies dans deux articles disponibles sur ce site. Chacun montre comment il est possible de faire une expérience concrète, quoique indirecte, de la présence de Dieu en soi :

« Le lien paradoxal entre connaissance de soi et relation à Dieu. Actualité du “socratisme chrétien” » (2018), en particulier aux pages 337-341, la partie 3.3 La connaissance du bien en soi, source de connaissance de Dieu.

Extrait (p. 338-339) :

Il s’agit tout simplement de mettre à profit, à propos d’expériences facilement accessibles, la lumière que la foi projette sur elles. À condition de savoir que cela est possible, et de choisir de le faire, la lumière commune de la foi vient convertir des expériences directes de soi-même en expériences indirectes de la présence et de l’action de Dieu.

La première de ces expériences directes, aisément accessibles, est celle de soi-même en tant que chair vivante.

[… La seconde est] l’expérience de soi-même en tant que croyant.

[… La troisième consiste en] toutes les expériences, moins directement accessibles, de bénéficier de l’amour de Dieu.

NB : la conférence qui a été publiée dans cette article peut être écoutée ici »

« L’habitation de Dieu en l’homme : du message à l’expérience » (2012), en particulier aux pages 267-279

Extrait (p. 277-278) :

Pour faire l’expérience de l’habitation de la Trinité en nous, il ne s’agit donc pas de rechercher l’état d’âme que nous supposons approprié, fait de recueillement, de paix et de bien-être, de ferveur sensible. L’union effective à Dieu ne se mesure pas selon l’expérience affective que nous croyons devoir en faire, fût-elle hautement spirituelle. Il ne s’agit pas pour autant de fuir toute expérience sensible, pour se perdre dans le vide intérieur. L’essentiel est la relation théologale de foi, d’espérance et d’amour : une relation indépassable, que nous n’avons pas à produire à partir de nous-mêmes, mais à reconnaître comme oeuvre de Dieu en nous. Cela suppose le refus d’attacher notre amour et notre intelligence à ce qui n’est pas Dieu, et, conjointement, l’acte positif, indépassable, par lequel nous disons « tu » à Dieu, dans une remise confiante de notre vie. Ainsi, la « formule » de la quête spirituelle chrétienne n’est pas le « ni ceci, ni cela » des mystiques orientales. C’est le « Tu n’es pas ceci, tu n’es pas cela » de la quête amoureuse de celui qui est la source de tout « ceci » et de tout « cela ». Le « Toi » adressé au Père, par le Fils, dans l’Esprit, implique le refus de s’attacher à ce qui n’est pas lui. Ce n’est pas pour autant la destruction de tout lien, de tout désir et de tout amour, puisque, au contraire, le « pauvre en esprit » est riche du Royaume des Cieux (Mt 5,3), de la participation à la communion trinitaire.

Sur la dimension dialogale de la relation à Dieu, voir aussi cette belle et profonde prière de Karl Rahner »

Extrait :

Grandis en moi, rayonne en moi toujours plus, illumine-moi, lumière éternelle, douce lumière de l’âme. Retentis en moi de façon toujours plus audible, Parole du Père, Parole de l’amour, Jésus. Tu as dit que tu nous as tous révélé ce que tu as entendu du Père. Ta Parole est véridique. Car ce que tu as entendu du Père, tu l’es toi-même, Parole du Père, qui se connaît elle-même et connaît le Père. Et tu es mienne, toi Parole au-dessus de toutes les paroles humaines, toi Lumière, devant laquelle toute lumière terrestre se fait nuit. […] Aucune parole humaine, aucune image et aucun concept ne se tiendront plus entre moi et toi, toi-même seras l’unique parole de jubilation de l’amour et de la vie, qui remplira tous les espaces de mon âme.