Dieu en l’homme : un livre de Jean-Baptiste Lecuit sur l’inhabitation trinitaire
Débat sur le salut, aux États Généraux du christianisme

Ce livre de Michel Onfray est particulièrement féroce envers Freud et la psychanalyse. Cette page présente quelques éléments du débat qu’il a suscité.

De par sa conception même, et en raison de la nature de son objet, le bien-fondé de la psychanalyse ne peut pas être évalué par la seule lecture des écrits psychanalytiques, et a fortiori en se limitant aux écrits de son fondateur. Il s’agit d’abord et avant tout d’une expérience, qui n’est accessible directement qu’à celui qui se couche sur le divan et laisse venir à la parole tout ce qui se présente, sans faire de tri, et, indirectement, à celui qui s’informe de cette expérience en lisant les évocations qui en sont faites par ceux qui l’ont vécue, en position d’analysant ou d’analyste. Ce n’est visiblement pas encore le cas de Michel Onfray…

Sur la validité de la psychanalyse et ses conditions d’appréciations, voir Sigmund Freud : « Les assertions de la psychanalyse reposent sur un nombre incalculable d’observations et d’expériences, et seul celui qui répète ces observations sur lui-même et sur d’autres est engagé sur la voie menant à un jugement personnel », préface de l’Abrégé de psychanalyse (1938) et cet article d’Antoine Vergote sur l’épistémologie de la psychanalyse, dans lequel il écrit notamment :

L’écoute de la parole en libre association dans la situation analytique, constitue une technique d’observation originale et ses résultats ne sauraient pas être vérifiés ou falsifiés par d’autres procédés.

Ce n’est ni aux autres psychologues, ni aux analystes du langage ordinaire, ni aux phénoménologues qu’il appartient d’examiner la validité scientifique de la psychanalyse. Pareille tâche revient à l’épistémologue qui, en se plaçant à l’intérieur de la démarche psychanalytique, examine le rapport entre la préconception hypothétique, la mise en œuvre de la technique qui s’en inspire, la collecte des observations, la construction des concepts théoriques interprétatifs, les nouvelles observations que ces dernières rendent possibles. Cet immense travail ne peut évidemment pas se faire en une heure de temps

Sur la validité et l’efficacité de la psychanalyse, voir aussi la page de site Validité et efficacité de la psychanalyse

Table des matières de l’article

Critiques du livre de Michel Onfray

Classement : par catégories (recommandé ; avec extraits ; sans extraits) et ordre chronologique inverse.

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– « Du livre de Michel Onfray… » : contributions de différents auteurs, sur Oedipe.org

– « Michel Onfray, Le crépuscule d’une idole« , par Geneviève MOREL, sur Actu Philosophia : « N’amenant aucune idée nouvelle, aucun fait inédit, ne faisant que copier des ouvrages de seconde main, sélectionnés d’avance pour leur parti-pris — tout ouvrage contradictoire étant dûment censuré de la bibliographie fantaisiste qui clôt le pavé —, le livre de M. Onfray reste seulement trivial de bout en bout, et le lecteur qui y chercherait l’ombre d’une critique fondée restera sur sa faim. Comment, d’ailleurs, un professeur de philosophie qui confesse dans sa préface, au milieu de confidences personnelles hors sujet, avoir seriné pendant vingt ans à ses élèves de terminale des « cartes postales » que lui-même avait apprises sans réfléchir, serait-il crédible lorsqu’il se prend pour un Philosophe qui va maintenant écrire les « contre cartes postales » qui correspondent en miroir aux précédentes ? Ânonner pendant si longtemps sans jamais réfléchir à ce que l’on enseigne n’est pas, en effet, l’idée que l’on se fait d’un esprit critique ni philosophique. De plus, l’idée de réduire la psychanalyse à des « contre cartes postales » implique évidemment qu’on reste dans la même veine que celle des cartes postales précédemment dénigrées : le livre avoue ainsi n’être qu’un ramassis de clichés. »

– « Michel Onfray, un hédoniste pas si fun« , par Jacques ARÈNES, sur LaVie.fr : « Onfray élimine la possibilité que la quête de jouissance puisse porter en elle-même ses ombres : désir de domination, haine de soi et de l’autre, insatisfaction. Il rejette l’idée que la culpabilité, le manque à être, et l’angoisse du sens à donner à nos vies sont surtout secrétés par nos psychismes, et pas seulement par des groupes identifiables. Même si on est touché par la souffrance pointant sa vrille dans le verbe de notre prophète national, on ne croit pas à son hédonisme. Son hédonisme n’est pas très fun. Il est en lutte constante avec ses propres fantômes, et avec son angoisse face à la pulsion de mort. Je cède au plaisir, purement hédoniste et sans aucune ombre vindicative, de citer Onfray évoquant Freud, pour souligner le problématique d’Onfray lui-même : « Il crée à partir de lui-même une vision du monde pour sauver sa propre peau. » »

– “La Psychanalyse sans illusion », par Patrick DECLERCK, dansLe Monde (voir ci-dessous) : « Ce que la psychanalyse a changé pour moi ? Oh, trois fois rien. Seulement cette petite chose insignifiante et ô combien éphémère qui s’appelle ma vie. »

– “Onfray et le fantasme antifreudien”, par Elisabeth ROUDINESCO, dans Le Monde : « Truffé d’erreurs, traversé de rumeurs, sans sources bibliographiques, l’ouvrage n’est que la projection des fantasmes de l’auteur sur le personnage de Freud. »

– « Onfray revisite son affabulation« , par Elisabeth ROUDINESCO, sur Mediapart : « l’art de l’historien repose sur le sens de la nuance, sur l’établissement rigoureux des faits, sur la capacité critique et sur l’interprétation vraie, toutes choses qui sont méconnues par l’auteur du brûlot.

[…] Restent alors les fameux 450 euros pour une séance d’analyse à Vienne en 1920 […]. De quoi se tordre de rire quand on sait qu’il est impossible de convertir 25 dollars de l’époque en euros et que d’ailleurs Freud ne faisait payer cette somme qu’à des disciples américains.« 

– voir la brochure visée : « Freud », biographie inédite par M. Onfray

Pourquoi tant de haine”, par Elisabeth ROUDINESCO, dans Mediapart

“Entretien exclusif sur le livre de Michel Onfray” avec Elisabeth ROUDINESCO, dans Ring (voir ci-dessous à droite)

– “La réponse d’Alain de Mijolla à Michel Onfray », par Alain DE MIJOLLA, dans l’Express, et la réponse de Michel Onfray

« Le courage de Freud« , par Catherine DAVID, dans Le Nouvel Observateur.

– « Attaques sur Freud ou la philosophie au bulldozer« , par Etienne BALIBAR, Alain BADIOU, Michel DEGUY, Jean-Luc NANCY, sur Libération : « Toujours les petits contre les grands et certaine idée du «peuple» (joyeux) contre les (triwstes) «doctes». Non, nous ne sommes ni plus tristes ni plus doctes que le docteur démolisseur. Nous pensons que l’esprit public mérite mieux que d’être assourdi par le fracas de ses bulldozers et qu’il faut lui permettre de retrouver le sens de l’audition. »

« Pour Sigmund Freud » par Bernard HENRI-LéVY, dans Le Point :

« Ce qui gêne dans ce « Crépuscule », c’est qu’il est, soudain, banal, réducteur, puéril, pédant, parfois à la limite du ridicule, inspiré par des hypothèses complotistes aussi abracadabrantes que périlleuses et assumant, ce qui est peut-être le plus grave, ce fameux « point de vue du valet de chambre » dont nul n’ignore, depuis Hegel, qu’il est rarement le meilleur pour juger d’un grand homme ou, mieux encore, d’une grande œuvre… » (Voir aussi « For Sigmund Freud » et « Pour Sigmund Freud » sur le site Bernard Henri-Lévy, « Tutti gli errori di Onfray su Freud« , dans le Corriere della sera et « Para Sigmund Freud » sur ElPaís.com)

– « Onfray répond à BHL« , sur LePoint.fr

– « Michel Onfray : un retour de l’obscurantisme« , par Jean-Daniel CAUSSE (Université Montpellier III, psychanalyse) sur Midite’s Blog :« Onfray lit à la manière des fondamentalistes : hors contexte, de façon littérale, sans faire fonctionner le conflit des interprétations. »

– « Pour la psychanalyse freudienne comme psychologie littéraire« , par Anne E. BERGER (Professeur de littérature française et d’études de genre – Université Paris 8 et Cornell University), sur Fabula. La recheche en littérature : « je soulignerai une aberration méthodologique de fond: en l’occurrence, la confusion entre l’«homme» Freud et l’œuvre de Freud. Admettons que Freud, comme tout être humain, ait eu des faiblesses et des petitesses, celles que croit découvrir Onfray, ou d’autres. Personne n’est irréprochable, et surtout pas les faiseurs de reproches. Mais une œuvre (une vraie) est toujours plus grande et plus forte que son «auteur». »

– « Mais de quoi Michel Onfray est-il donc le symptôme ?« , par Chloé SALVAN, dans Etudes :  » A aucun moment Onfray ne démord de cette idée pourtant si discutable qui consiste à poser une stricte équivalence entre la portée d’une œuvre et la grandeur de son auteur. Freud aspirait-il aux honneurs ? Aimait-il l’argent ? Ce sont là pour Onfray des preuves indiscutables de la faiblesse de ses thèses. C’est amusant, de la part d’un personnage aussi médiatique, qui court les plateaux télé et multiplie de lucratives publications à scandale. »

– « A quoi sert Michel Onfray », par Jean-Claude PAYE et Tülay UMAY, surVoltairenet.org : « L’assurance présentée par l’auteur est celle d’un concessionnaire du monopole de la parole que s’est octroyé la machine étatique à produire des images. Toute exigence d’éléments réels, destinés à étayer les propos de l’auteur, est retenue, par lui, comme insulte et rejetée au nom de la place de la victime qu’il s’est réservée. Sacralisé, il peut éviter toute confrontation »

“Michel Onfray”, par Mazarine PINGEOT, sur NouvelObs.com : « Quant aux sciences humaines, ce sont des sciences de l’INTERPRÉTATION, il faut donc une bonne dose de mauvaise foi (ou d’idéologie obtuse) pour leur reprocher leur marge d’erreur, leur approximation et leurs tâtonnements. »

Michel Onfray ou la folie raisonnante”, par René MAJOR et Chantal TALAGRAND, dans Libération : « On croirait lire un canular. L’auteur n’hésite pas à dire que «Freud n’écrit jamais contre Hitler, contre le nationalsocialisme, contre la barbarie antisémite», alors que, le jour même où Hitler est nommé chancelier, Freud écrit : «Nous sommes tous inquiets de ce qui va advenir du programme du chancelier Hitler dont la seule visée politique est les pogroms» »

– « Onfray : le chapitre manquant« , par Frédéric FOREST et François POMMIER, dans Le Monde : « En substance : non, la psychanalyse n’est en aucun cas la philosophie du seul Freud, ni une « plante vénéneuse », ni une « pensée totalitaire ». Non seulement la psychanalyse n’est pas pétrifiée dans un radotage freudien, mais elle nous est aujourd’hui particulièrement utile pour lutter contre les simplismes qui investissent le champ de la santé mentale. Car la psychanalyse est une discipline de la complexité. »

– « Pourquoi j’aime le livre d’Onfray » par Pascal BRUCKNER, sur LeNouvelObs.com : »sa volonté de tuer le père Freud est évidemment assez cocasse : il démontre malgré lui la pertinence des hypothèses freudiennes. […] Il y a chez lui la tentation d’un nettoyage éthique rétrospectif : du haut de notre position actuelle, juger les auteurs du passé risque toujours de passer pour une forme d’inquisition a posteriori, pour une façon assez arrogante de verser dans une sorte de maccarthysme philosophique. […] Ça le rend sympathique, ce rôle de bouc émissaire. Ce qui aurait pu lui arriver de pire, c’est l’indifférence…« 

– « Michel Onfray ou la conversion d’un hédoniste en gredin de la pensée », par Karim SARROUB, sur son blog : « la méthode, qui se veut savante exégèse, tient plutôt du procès stalinien. Car tout y passe, sans nuance, et c’est toujours à charge.« 

– « Les tontons flingueurs du « bashing » « , sur L’annuel des idées : « Avec son mélange de sentiments et de raison, le bashing est ambivalent. Il essore, étrille, enterre sous la chaux vive ceux qui ont été souvent sublimés, admirés par ces mêmes auteurs tueurs« 

– « Le philosophe Michel Onfray déboulonne la statue de Freud », par Sylvie FAURE, sur suite101.fr : « En 600 pages de vérités fouillées et stigmatisées, notre philosophe hédoniste démonte la belle dynamique de l’un des plus grands penseurs du XXe siècle. Reste à savoir lequel des deux marquera son temps, de Freud ou d’Onfray« .

– « Psychanalystes que faites-vous de Freud ?« , par Michel ROTFUS : « À laisser sans réponse ou à cautionner les affabulations et les légendes noires complotistes fabriquées par les destructeurs de Freud dont s’inspire directement Onfray, c’est le véritable travail de recherche des historiens de la psychanalyse qui se trouve dévalorisé, ignoré et empêché. »

– « Les intellectuels hooligans », par Pierre de CHARENTENAY, sur son blog : « Le problème est que les médias offrent à ces imposteurs [Allègre et Onfray] leurs colonnes et leur temps d’antenne à volonté. Ce week-end, Libération faisait six pages sur le pamplet de Onfray sur Freud. A2 lui donnait 5 minutes au 20h du 21 avril. On s’interroge. Pas étonnant qu’ainsi son fameux Traité d’athéologie ait été vendu à 500 000 exemplaires. »

– « Le ressentiment du philosophe, une demande d’analyse en souffrance », par Marc STRAUSS, sur LeMonde.fr : « le livre de Michel Onfray, avec ses outrances, ses excès, sa mauvaise foi, ses pensées nauséabondes, ressemble par trop à ce qui se déchaîne sur un divan pour n’y pas voir une demande d’analyse restée en souffrance. La perspective de rester seul avec une angoisse folle de se tromper justifie quiconque de se montrer aussi brouillon que téméraire dans son assaut contre son idole du moment ».

– « Qui a peur de Michel Onfray ?« , par Serge TISSERON, sur LeMonde.fr : « Alors, répétons-le : oui, la théorisation de Freud a subi le contrecoup de sa névrose et plusieurs concepts en sont directement le produit. Mais cela n’annule pas pour autant la portée d’autres de ses découvertes. Ce sont ces deux messages qu’il faut maintenir en même temps. Cette position est certes inconfortable, mais il n’y a de progrès possible qu’à ce prix »

– “L’idole d’un crépuscule”, par Léon-Marc LEVY, sur LeMonde.fr: »Onfray, par son absence de souci de la vérité, par défaut de sources et par globalisations infondées, invente un mode de discours inquiétant pour l’avenir : la pensée-injure, qui substitue l’exigence de « Buzz » à celle de l’analyse rigoureuse. C’est une technique de « lapidation » ». Voir aussi, du même, “Onfray ou la haine de Freud”, sur Mediapart

Sur le Racine mort, le Campistron pullule”, par Henri REY-FLAUD, surLeMonde.fr : « Car c’est bien là la question de fond que suscite le livre de Michel Onfray : en lui-même il n’est rien — rien que le symptôme, redisons-le, des temps qui sont les nôtres, où les follicules ont remplacé les livres et où le scandale est le meilleur facteur de vente. “Sur le Racine mort, le Campistron pullule”, écrivait déjà Boileau. »

– « Onfray : « J’ai tapé au portefeuille » : Mauvaise foi manichéenne« , sur CIFP

– « Les … de Michel Onfray », par Christophe LEMARDELé, sur Mediapart

– « Analyse d’affirmations d’Elisabeth Roudinesco dans Mais pourquoi tant de haine ?« , par Jacques VAN RILLAER (critique de la critique d’Onfray par Roudinesco

– « Onfray, la complicité des extrémismes« , par Serge TISSERON, sur Pour la science.fr

– « Freud, Onfray et le droit d’inventaire« , par Christophe ANDRE, sur Pour la science.fr

– « Onfray déblogue à fond la caisse« , sur le site CIFP

– « Nieztsche à la sauce noire des TCC », par Clotilde LEGUIL, sur le site de l’ECF

– « La coquille de Michel Onfray« , par Jean-François MARMION, sur Le Cercle Psy

– « La guerre des psys est-elle fondée ? », par Jean-Pierre OLIé, sur LeMonde.fr

– « Dora au pays des merveilles », par Emmanuel FLEURY, sur A.L.E.P.H.

– « Onfray contre l’affreux freud« , par Xavier LACAVALERIE, sur Télérama.

« Freud n’a jamais été une idole« , entretien avec Jean-Pierre WINTER, sur Causeur

– « Michel Onfray, le libertaire libertin en psy-show-thérapie« , par Fr.-X. AJAVON, sur Actu Philosophia

– « En finir avec Freud », transcription du déboat ONFRAY-J.-A. MILLER, sur Philosophie Magazine

– « Feu sur Onfray ou sur la psychanalyse ?« , synthèse des réactions d’internautes sur Marianne2

– « Sigmund Freud répond à Michel Onfray« , par Philippe SOLLERS, sur LeNouvelObs.com.

– « Les 450 euros de Freud, une affabulation arithmétique« , par Henri ROUDIER, sur Mediapart

– « Une charge lourde et injuste« , sur le site du Quotidien du médecin

– « Onfray, la statue est finie« , sur Mediapart

– « Réponse à Mikkel Borch-Jacobsen« , par René MAJOR, sur LeMonde.fr

– « Freud, pourquoi tant de passions ?« , par Isabelle TAUBES, sur Psychologies.com

– « Plaidoyer clair et direct pour ceux qui sont contre ceux qui sont contre Michel Onfray« , par Pierre-Henri CASTEL, sur son site

– « Onfray mieux de se taire« , par Alain AMSELEK sur Mediapart

– « Feu sur Onfray ou sur la psychanalyse ?« , synthèse de courrier des lecteurs, sur Marianne2.

– « Freud selon Onfray », par Nicolas FLOURY et Fabien TARBY, sur le blog de ce dernier

– « La séance continue« , sur Mediapart

– Le profil facebook d’Elisabeth Roudinesco fournit des références sur le débat.

– « Retour sur l’affaire Onfray« , par Guillaume MAZEAU, sur Mediapart

– « Onfray, l’aube d’une idole« , par Arthur MARY, sur son site.

– « Onfray, Freud et les freudistes. Le crépuscule d’un débat religieux », par Gérard PONTHIEU, sur son blog

– « Sur le net, pour ou contre Michel Onfray« , par Jean-François MARMION, sur Le Cercle Psy

– « Lettre ouverte à Michel Onfray », par Gerard HADDAD, sur LeMonde.fr

– « A propos d’Onfray« , par Laura SOKOLOWSKY

« Faut-il encore répondre à Michel Onfray ?« , sur Mediapart

– « Lectures de l’opération Onfray contre la psychanalyse« , sur Observatoire de wikipedia

« Tout contre Freud« , par Samuel LÉZÉ, sur nonfiction.fr.

– « Freud et la vengeance des cancres« , par Marc GOLDSCHMIT, surLeMonde.fr

– « Pourquoi il faut défendre Freud au XXIème siècle« , par Clotilde LEGUIL, sur Marianne2

– « La vertueuse férocité de l’inquisiteur Onfray« , par Marie-Hélène BROUSSE, sur Marianne2

– « Michel Onfray, Freud, l’argent, la psychanalyse et la télé » sur LePost.fr

– « Elisabeth Roudinesco publie un livre sur l’affabulation d’Onfray », surRing.fr

« La faute de l’abbé Onfray« , sur LeCauseur.fr

– « Onfray, un philosophe-bulldozer », par Christian GODIN, sur Marianne2

« Onfray martèle Freud. Les références de la polémique » sur le site d’Emmanuel FLEURY

– « Le crime de Michel Onfray : avoir suggéré que Freud n’était pas de gauche », par Mikkel BORCH-JACOBSEN, dans Le Monde

– « Freud et la montée du nazisme« , par Laura SOKOLOWSKY, sur Midite’s blog

– « Mais pourquoi tant d’insultes ?« , par Franck LELIEVRE, sur Mediapart

– « Les analysants n’ont que faire de savoir si Freud était un héros ou un sale type », par Daniel SIBONY, dans Le Monde

– « L’art de ne pas lire Freud« , par Jacob ROGOZINSKI, dans Libération

– « Communiqué« , par Jacques-Alain MILLER, sur La règle du jeu

– « Onfray-Roudinesco : place au psychodrame« , dans Libération

– « Onfray : de l’introduction de la délation en philosophie », par Gérard HUBER, sur son site.

– « Les 450 euros de Freud. L’affabulation arithmétique d’Onfray« , surcifpr.fr

– « Autopsie d’un psy. Mais le cadavre bouge encore« , sur Causeur.fr

« Onfray : faux paria, vrai populiste« , dans Libération

– « L’affaire Onfray« , communiqué de Jacques-Alain MILLER, sur Midite’s Blog

– « Onfray, maître du douteux », par Frédéric SCHIFFTER, sur le siteL’agitateur d’idées.

– “Onfray nous insulte”, par Serge HEFEZ, dans Le Point

“Onfray. Jeux de cirque et tapage médiatique”, par Roland GORI, dansL’Humanité

“Réponse à Michel Onfray sur Freud et la psychanalyse”, par JL VANNIER, sur Nice premium

“L’affabulation d’Onfray”, par Jean-Marie DURAND, sur lesInrocks.com

– « Freud et la vengeance des cancres« , par Marc GOLDSCHMIT, philosophe, sur Mediapart

“Michel Onfray, pitoyable, inutile et dangereux”, par Stéphane VIAL

– « L’Onfray-le blasphème du défroqué » par Michel GUILLOUX sur le site de Marlène Belilos

– « Affaire Onfray, faudrait-il se taire ? » par Guy-Arthur ROUSSEAU surOsons Penser et Agir

– « Obscurantisme onfrayant« , sur le site CIFP

« A quoi sert Michel Onfray ? » sur Palestine-Solidarité

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Point de vue. La psychanalyse sans illusion, par Patrick Declerck

LE MONDE | 21.04.10 | 14h25 • Mis à jour le 21.04.10 | 14h25
 
Michel Onfray, Le Crépuscule d’une idole : titre glorieux, clin d’oeil nietzschéen. Mais attention : nietzschéisme fréquentable, nietzschéisme de bon aloi, et tout de marketing bien verni. Nietzschéisme d’entre la poire et le fromage, de mauvais rires et de ces salons où, faute de penser, l’on cause toujours. Pauvre Nietzsche…
Depuis des semaines, la rumeur gronde et enfle. Les titres en « une »… Les magazines qui ne mentent ni ne se trompent jamais, l’affirment : Freud n’a qu’à bien se tenir car Onfray arrive. Car Onfray est là…

Tout de même, d’interviews militantes en confidences soigneusement dosées, on sait déjà que ce livre n’apportera rien de neuf, sinon quelques inepties que l’on avait déjà maintes et maintes fois entendues, mais qui, ici peut-être, seront un rien différemment tournées. Peut-être… Mais de révélations point.

S’il le faut tout de même, parmi d’autres : Freud aurait eu une liaison avec sa belle-soeur, Minna Bernays. Vieille rumeur colportée par Lacan, qui lui-même l’aurait tenue de Jung, auquel tante Minna – alors qu’elle ne l’avait jamais vu auparavant, lui Jung, ni d’Eve ni d’Adam – aurait fait entre deux portes des confidences…

Faut-il rire ? Ou faut-il s’interroger sur ce qui est en jeu chez ceux qui s’acharnent à se représenter Freud à la fois comme une sorte de censeur puritain et comme un débauché ? Petite débauche d’ailleurs et manque lamentable d’imagination. Tante Minna, franchement… Et la chose serait-elle par ailleurs et d’aventure avérée, cela, au juste, changerait quoi à la vérité ou fausseté relative des concepts psychanalytiques ? Très précisément, rien. Historicisme de trou de serrure…

La vérité, quelles qu’aient été ses occasionnelles pratiques d’alcôve (fictionnelles, fantasmatiques ou réelles), est que tout ce que l’on sait de Freud montre un homme qui – à tort ou à raison – se méfiait profondément des excès vers lesquels pouvait le porter son extrême sensibilité : affects, mouvements d’enthousiasme ou de colère, musique, sentiment océanique… La lecture de Nietzsche le ravissait, mais il s’en méfiait. Tout comme Goethe ne supportant pas d’écouter Beethoven, il redoutait de s’y perdre.

Je ne sais avec qui Freud couchait ou ne couchait pas, un peu, beaucoup, tendrement, passionnément, ou pas du tout, et je m’en contrefiche suprêmement, mais ce que je sais c’est que si l’on ne comprend pas que Freud était avant tout apollinien plutôt que dionysiaque, on ne comprend rien ni à Freud ni à l’essence de la psychanalyse. « La voix de la raison est basse, mais elle ne cesse que d’être entendue. » Voilà le modeste credo auquel se raccrochait Freud.

Des erreurs, des non-sens, des exemples d’une criante mauvaise foi, à dresser ici la liste serait trop long. D’autres, ailleurs, s’en chargeront. Une remarque encore pourtant, la dernière : il est un instant malheureux où Michel Onfray s’est dévoilé au-delà de ce qu’il aurait dû, et bien au-delà certainement de ce qu’il aurait voulu.

Cherchant à illustrer la radicalité de son opposition à Freud, il lui vint, dans Le Point du 15 avril, cette métaphore étrange : « Il y a aussi des gens qui trouvent qu’on peut sauver quelque chose dans le nazisme. Moi, je ne défends pas les autoroutes de Hitler. » Nazisme pour illustrer la psychanalyse. Hitler pour éclairer Freud. Sidérants parallèles… Michel Onfray n’a pas de chance, car c’est là précisément ce que l’on appelle un acte manqué. Une maîtrise apparente, langagière ou autre, qui, un instant, rate le mot, le coche, la marche, et trébuche, et révèle autre chose que son intention première…

Tout acte manqué est un masque qui glisse. Que Michel Onfray ait, comme tout le monde, un inconscient, n’est pas une surprise. Que de son inconscient émane un aussi douteux effluve est, en revanche, à noter soigneusement. « Allons, allons » enjoindra la conscience naïve, cette doucereuse lâcheté, cette banalité désireuse de tous les refoulements. « Allons, allons, ce n’est là, après tout, qu’un mot. » Oui, un mot, rien qu’un mot. Mais ce mot-là est de trop. Et justement, il est le pire des mots… Laissons donc Michel Onfray à lui-même.

Allons à l’essentiel : pourquoi le retour une fois de plus, de cette vieille agitation ? De ces arguments recuits ? Pourquoi tant de haine ? De haine jubilatoire envers la psychanalyse ?

Essentiellement parce que la psychanalyse est un camouflet à notre narcissisme et à nos fantasmes de toute-puissance. Nous avons un inconscient et cet inconscient est source permanente et inextinguible de pulsions impérieuses et tyranniques. Cet inconscient est le véritable coeur de notre être, et toujours il nous leurre et nous manipule par de faux objectifs, des pseudo-désirs, de pitoyables rationalisations. Cet inconscient, nous n’en déchiffrons les logiques que dans l’après-coup. Et face à lui, notre moi conscient est bien faible. « Je » toujours se dérobe et nous nargue.

On connaît l’infernal, l’odieux trio : Copernic, Darwin et Freud. Trois décentrages. Trois impardonnables injures. La Terre n’est pas le centre de l’Univers. L’homme n’est qu’un animal, un animal peut-être un peu particulier, mais animal tout de même, et issu d’une longue lignée d’animaux. Et la conscience de l’homme, en dernière analyse, n’est jamais qu’épiphénomène d’autre chose. L’inconscient triomphe et nous ne sommes même plus maîtres chez nous, en nous. Comme c’est triste…

Pour terminer, au risque de faire ricaner encore les forts et beaux esprits, tous ceux qui savent « le prix de chaque chose et la valeur d’aucune » (Oscar Wilde), mais parce que la psychanalyse – n’en déplaise à certains et sans pour autant être ni infaillible, ni magique, ni panacée applicable à tous – n’est pas un exercice vain, une timide note personnelle : j’ai souffert durant plus de vingt ans d’une inhibition névrotique grave à l’écriture. Je sentais les livres en moi, ces textes possibles et impossibles que je ne parvenais pas à mettre sur le papier. Ces feuilles me tétanisaient. Devant l’horreur de ces béances, mon esprit s’engourdissait et devenait silence et informe magma…

Quoi ? Imagerie sexuelle ? Anale ? Et comment !.. Hélas, je ne suis toujours pas Shakespeare aujourd’hui. Je ne suis que Declerck. Mais à tout le moins, je peux écrire ce que j’écris. Et cela m’a pris six ans d’analyse, trois fois par semaine… Ce que la psychanalyse a changé pour moi ? Oh, trois fois rien. Seulement cette petite chose insignifiante et ô combien éphémère qui s’appelle ma vie.

Patrick Declerck est écrivain et membre de la Société psychanalytique de Paris.

Article paru dans l’édition du 22.04.10
 

Presse internationale

– « Hass auf die Psychoanalyse« , sur NZZ Online

– « Frei assoziiert. Streit unter Intellektuellen : Sigmund Freud als Nazisympathisant ? », dans Jüdische Allgemeine

– « Kontrovers zum Freud Buch« , sur ORF.at

– « Pourquoi Freud suscite tant de passions ?« , sur Le Matin.ch

– « Philosophy War » (BHL vs. Onfray), par Alex ENGWETE, sur son blog.

– « Lasciate dormire in pace i nonni ! », sur Altritaliani.net

– « Onfray contra Freud », sur La Vanguardia

– « Un livre provocateur – Polémique en France autour de Freud« , sur LeDevoir.com

– « Faut-il brûler Freud ?« , sur LeVif.be

– « Freud’u ‘ahlaksiz ve yalanci’ gösteren kitap« , sur Radikal.com

– « Un regard italien sur la polémique Freud » (interview de Michel Onfray sur Altritaliani.net) « La polemica rilanciata da Onfray »

– « Pourquoi diaboliser la psychanalyse ? » sur La libre Belgique

– « Onfray tackelt Freud » sur Knack.be

– « Pszichodráma Párizsban: Onfray detronizálja Freudot » sur antidogma.hu
– « Freuds Psychoanalyse ist so unwirksam wie Homöopathie », sur Tagesanzeiger.ch

– « Michel Onfray : le freudisme est une immense hallucination collective », sur L’Hebdo.ch

– « Michel Onfray: Freud, fascinat de fascişti » sur RFI Romania

– « La machine de guerre Michel Onfray », sur LeTemps.ch

– « Michel Onfray mène son enquête pour confirmer ses présupposés », sur LeTemps.ch
– « For Sigmund Freud« , par Bernard HENRI-LéVY, sur The Huffington Post. Voir aussi « For Sigmund Freud » et « Pour Sigmund Freud » sur le site Bernard Henri-Lévy, « Tutti gli errori di Onfray su Freud« , dans le Corriere della sera, et « Para Sigmund Freud » sur ElPaís.com
– “Freud impostore, l’accusa di Onfray”, dans le Corriere della sera
– “Michel Onfray part en guerre contre Freud et son « clergé »”, dans la Tribune de Genève.
– “L’assassinat de Sigmund Freud”, dans La libre Belgique
– « Freud acusado de charlatán in Francia« , sur BBC Mundo
 

Textes de Michel Onfray

– « Oui, Freud avait un goût pour le fascisme« , par Michel ONFRAY, dans Libération

– « Freud est-il décidément une chasse gardée et son oeuvre interdite de relecture critique ? » par Michel ONFRAY, dans Le Monde

– « Les ressorts du divan« , le blog de Michel ONFRAY

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Débats avec Michel Onfray

– Débat Michel Onfray – Julia Kristeva, dans le Nouvel Observateur

– Débat Michel Onfray – Jacques-Alain Miller, dans Philosophie magazine (voir ci-dessous le lien vers la vidéo de ce débat)
 

Vidéos

– Onfray face à Zemmour et Naulleau

– Interview de Michel Onfray, sur Arte

Le philosophe Michel Onfray s’attaque à Freud, par Frédéric MARTEL, sur France 24

Vincent Aubin critique Onfray sur France-Info
Is Freud a fraud ?, sur France 24

Réactions d’Elisabeth Roudinesco

Entretien sur le livre de Michel Onfray, par Pierre Cormary
“Entretien exclusif sur le livre de Michel Onfray” avec Elisabeth ROUDINESCO, dans Ring
 

Pierre Cormary : Mettons-nous, pour commencer, à la place de Michel Onfray. A-t-on le droit de s’attaquer à la psychanalyse et à son fondateur ? C’est un fait que de L’Anti-Œdipe de Deleuze-Guattari à ce Crépuscule d’une idole, en passant par Le Livre noir de la psychanalyse, dès que l’on touche à la psychanalyse, celle-ci jette l’anathème et a tendance à fasciser ses adversaires.

ER : Ne confondons pas tout. Je suis l’élève de Gilles Deleuze et de Michel de Certeau et j’ai fait l’éloge de L’Anti-Œdipe à la fois dans mon Histoire de la psychanalyse en France. (rééd. Hachette, collection « La Pochothèque », Paris, 2009, avec la biographie de Jacques Lacan) et dans mon livre Philosophes dans la tourmente (Fayard, 2005) dans lequel je mets en perspectives les dialogues critiques qui se sont établis entre six philosophes : Canguilhem, Sartre, Foucault, Althusser, Deleuze, Derrida. J’ai connu fort bien quatre d’entre eux et j’ai annexé leurs critiques du dogmatisme psychanalytique dans mon travail d’historienne : c’est cela mon héritage, et non pas le dogmatisme ou l’hagiographie, ce qui m’a valu la critique de bon nombre de psychanalystes hagiographes. Et d’ailleurs, j’ai publié un dialogue amical avec Jacques Derrida qui s’est toujours défini comme un « ami de la psychanalyse », un ami « critique » (cf. De quoi demain, Fayard/Galilée, 2001).
Rien à voir avec Le Livre noir de la psychanalyse qui rassemble des historiens du courant révisionniste américains (les « destructeurs de Freud ») et des adeptes de thérapies cognitivo-comportementales. Un ramassis de sottises, d’erreurs et de ragots, fondés sur la haine et l’inculture et dans lequel sont traités d’hagiographes les véritables historiens. J’ai d’ailleurs publié à ce sujet un livre collectif en 2005 : Pourquoi tant de haine ? (Navarin). Dans le hors-série du Monde, paru en mars 2010, à l’initiative de Laurent Greisalmer et Eric Fotorino et la collaboration de Thomas Wieder (vendu en kiosque, déjà plus de 50.000 ex), intitulé Freud, la révolution de l’intime, nous avons annexé des textes critiques – de Popper à Sartre – et même un texte de Mikkel Borch-Jacobsen qui est au départ un bon historien mais qui ensuite s’est fourvoyé dans l’anti-freudisme radical. Quand on commence à déraper ou à dériver et à sortir de l’éthique de l’historien pour passer du côté du complotisme et de la croyance en des légendes noires, que l’on invente soi-même afin de combattre de vrais historiens que l’on prend pour des hagiographes, on est perdu pour le travail de recherches et c’est ce qui est arrivé à Mikkel que je connais bien et dont au début je partageais les positions. Il a d’ailleurs été lâché par les élèves de Derrida, il y a bien longtemps (Jean-Luc Nancy et Philippe Lacoue-Labarthe) quand il a commencé à dériver vers la haine de Freud, cessant d’être objectif et critique. Il a été également lâché puis ignoré aux États-Unis par tous les vrais historiens : Yérushalmi, Schorske, Nathan Hale, et cætera, sans parler de Paul Robinson qui a fait un livre au vitriol contre ce courant révisionniste. C’est une vraie dérive.
N’oubliez pas que dans Le Livre noir de la psychanalyse, on, quitte le domaine de l’histoire et du travail historiographique pour entrer dans l’invention de faits qui n’existent pas. Freud est traité d’escroc et de menteur, avide d’argent et incestueux, plagiaire, affabulateur : c’est extravagant et cela empêche toute critique réelle de Freud, de sa doctrine, de son mouvement, telle que je l’ai faite ou que d’autres historiens sérieux, non hagiographes et n’appartenant pas au courant de l’histoire officielle, ont pu la faire : tel Henri Ellenberger dont j’ai réédité en 1994 l’admirable Histoire de la découverte de l’inconscient (Fayard), avec une longue préface qu’il a eu le temps de lire avant sa mort. Je suis d’ailleurs responsable de ses archives, à travers la Société internationale d’histoire de la psychiatrie et de la psychanalyse (SIHPP) que je préside et je peux vous dire que son fils, Michel Ellenberger, est horrifié par les brûlots qui prétendent, comme celui de Onfray, annexer l’œuvre de son père.
Dans ce même Livre noir, qu’Onfray prend pour modèle historiographique, les psychanalystes – français notamment – sont accusés de complots et de contaminations divers, les uns parce qu’ils auraient été défavorables à la vente de seringues pour les malades du sida – rumeur inventée de toutes pièces – et les autres parce que, adeptes de Françoise Dolto, morte en 1988, ils auraient favorisé après 2000 l’abaissement de l’autorité à l’école en idéalisant l’ «enfant roi». Quant à Jacques Lacan, il est comparé à un gourou de secte, tandis que l’ensemble des associations psychanalytiques sont brocardées pour avoir été à l’origine d’un véritable goulag freudien : au moins dix-mille morts en France. Aucune source ne vient étayer cette affirmation insensée.

Pierre Cormary : Le problème avec le fascisme, si j’ose dire, c’est que chacun se renvoie le bébé. Vous reprochez à Onfray d’établir sa critique anti-freudienne en partie par le biais de penseurs proches de la Nouvelle Droite, Jacques Bénesteau, Pierre Debray-Ritzen pour ne pas les citer, et lui ressort à qui mieux mieux la fameuse dédicace de Freud à Mussolini, sa complaisance vis-à-vis de Dollfuss, et même sa collaboration avec l’institut Göring…. Alors, le fascisme balance plus fort de quel côté ?

ER : Hélas, je n’y peux rien : Onfray réhabilite sans aucun doute les thèses de l’extrême-droite française. C’est écrit en toutes lettres dans son livre (p.593-597). Et là est un aspect essentiel de cette affaire. Ce n’est pas en m’insultant et en se clamant freudo-marxiste (ce qu’il n’est pas) qu’il réglera ce problème. Il est d’abord un adepte de Proudhon et pas un marxiste, il l’a dit lui-même. Et comment serait-il freudo-marxiste après ce qu’il a écrit sur Freud ? Les freudo-marxistes, que j’aime beaucoup et dont j’ai toujours fait l’éloge (cf. Dictionnaire de la psychanalyse, en collaboration avec Michel Plon, rééd. 2006 que Onfray ne cite pas) étaient et freudiens et marxistes et non pas antifreudiens et proudhoniens. La nuance est de taille : les freudo-marxistes ont été détestés par les freudiens et les marxistes, ce qui montre au passage d’ailleurs que l’histoire de la psychanalyse est une vaste saga faite de passions, d’exclusions, de conflits et de rivalités et non pas une imposture où dominerait l’axe du bien et du mal. Et non pas un fascisme fabriqué par des milices et inventé par un pervers sexuel qui battait sa gouvernante, sodomisait ses animaux ou torturait psychiquement ses filles après avoir abusé de sa belle-sœur. Je n’insulte pas Onfray que je connais. Mais j’ai mis en évidence ce qui est écrit dans ce livre et que tout le monde peut lire : Freud y est assimilé à un fasciste, ami de Mussolini et sa théorie est décrite comme une affabulation perverse servant les régimes autoritaires. Manière d’accuser Freud de ce que sont les fascistes et les nazis. Et cette technique accusatoire, en miroir inversé, est typique du discours pamphlétaire de l’extrême-droite qui sévit encore aujourd’hui : on traite de nazi et de fasciste la victime du nazisme et du fascisme et l’on invente, contre l’historiographie savante que l’on dénie, un axe du bien et du mal : Freud est une ordure et les antifreudiens des anges libérant l’humanité des légendes roses inventées par des fascistes. Rien à voir avec une démarche critique et savante. Notons d’ailleurs qu’Onfray n’a aucune compétence universitaire en matière de recherche historiographique. Son livre est dénué de notes en bas de page et donc de sources précises, la note bibliographique finale est truffée d’erreurs et insuffisante. Elle ne correspond pas à ce qui est écrit dans le livre. Quant à l’index, il est fantaisiste puisqu’il ne renvoie ni à des noms ni à des concepts mais à des thèmes idéologiquement orientés, ce qui le rend inutilisable. Je n’ai rien contre ce genre d’essai, il y en a d’excellents mais pourquoi Onfray dit-il qu’il est un vrai historien s’appuyant sur les meilleures sources ?
Sans doute est-il en partie inconscient de ce qu’il écrit, ce qui rend son livre comique et naïf par moments, puisqu’il croit à la préfiguration, c’est-à-dire à quelque chose comme une destinée occulte : le judaïsme préfigure le fascisme, Jésus Hiroshima, Kant Eichmann, et cætera. Le plus drôle c’est qu’il accuse Freud d’occultisme, c’est-à-dire de ce qu’il fait lui-même. Quant à la réhabilitation de Bénesteau, auteur défendu par le Front National et le Club de l’horloge qui m’a intenté avec ses amis un procès qu’ils ont perdu, à la suite d’un article que j’avais publié en 2004 («Le club de l’horloge et la psychanalyse : chronique d’un antisémitisme masqué», Les Temps modernes, 627, avril-mai-juin 2004), je me demande ce qu’en pense Mikkel Borch Jacobsen qui soutient aujourd’hui Onfray, lequel soutient Bénesteau, en souscrivant à la thèse selon laquelle il n’y avait pas d’antisémitisme à Vienne durant l’entre-deux-guerres puisque les Juifs occupaient des postes importants dans tous les secteurs de la société. Voilà ce qu’il écrivait à Bénesteau dans une lettre datée du 24 décembre 2003 (et dont il m’a adressé un double pour que je m’en serve) :
“Je vous saurais gré de cesser de me faire parvenir la littérature du Club de l’horloge, officine bien connue de l’extrême-droite française. En ce qui concerne mes rapports avec Elisabeth Roudinesco, il est de notoriété publique que je suis depuis de longues années en désaccord complet avec ses positions. Ceci toutefois ne saurait m’inciter à me rallier aux chemises brunes intellectuelles avec lesquelles vous avez jugé bon de vous associer. J’ai le plus grand mépris pour tout ce que représente le Club de l’horloge et je ressens comme une insulte que vous ayez pu songer un seul instant que je m’associerais à cette provocation” Laissons-les à leurs affaires, moi je ne m’en mêle pas. Notons tout de même que Michel Onfray se dit le « goy » victime de l’intelligentsia et de l’université, ce qui est étrange, et qu’il me désigne comme hystérique, stalinienne, et cætera. Et comme défenseur des pédophiles parce que j’ai dit que c’était ridicule d’accuser Cohn-Bendit comme il le fait, et qu’il a ajouté ceci : « Madame Roudinesco coupe l’humanité en deux : les juifs et les antisémites. Comme je n’ai pas l’honneur d’être juif, il faut bien que je sois antisémite. » C’est étrange cette obsession de se désigner soi-même en victime d’un propos que le prétendu accusateur n’a pas tenu. Est-ce vraiment un honneur d’être juif ? Ce qui laisserait entendre que les non-Juifs ne sont pas honorables. J’ai publié en 2009 Retour sur la question juive, (Albin Michel, 2009), et je puis vous dire que le terme « goy » pour désigner les non-Juifs est aussi insultant que celui par lequel les antisémites traitent les Juifs de « sales Juifs ». « Goy » est un terme que je n’emploie jamais et pour cause. Il est injurieux sauf quand il est utilisé avec humour et dérision dans les fameuses « histoires juives ». L’humour, c’est ce qui manque le plus à Michel Onfray qui voit des complots partout, qui d’ailleurs méconnaît complètement le grand texte de Freud sur le Witz (mot d’esprit). Si seulement Michel Onfray avait un peu d’humour ! On pourrait transformer toute cette affaire de Freud nazi et pervers sexuel en histoire juive !
Je crois que son éditeur devrait lui conseiller de cesser de déraper sur tous les médias comme il le fait en sidérant ses interlocuteurs. Cela pose d’ailleurs le problème du rôle des médias dans de telles circonstances. Doit-on laisser ainsi quelqu’un dire n’importe quoi, au nom de la totale liberté d’expression ? En principe oui, et je laisse Onfray inventer des faits qui n’existent pas, accuser tout le monde de tout et de n’importe quoi, et m’insulter partout sans intervenir. Mais les journalistes qui ne cessent d’épingler les hommes politiques au moindre dérapage verbal, devraient peut-être faire de même avec d’autres. J’aime beaucoup les médias, j’ai beaucoup d’amis journalistes, je le suis moi-même dans la presse littéraire, je fais partie d’une génération qui aime la télévision et la radio passionnément et je pense qu’on devrait, à cette occasion, réfléchir aux conditions dans lesquelles sont menées les débats intellectuels. Jusqu’à présent, c’était bien mais là, ça commence à déraper sérieusement. Il y a véritablement une réflexion à mener.

Pierre Cormary : Quand on fait le compte des reproches qu’adresse Onfray à l’homme Freud, on se rend compte assez vite que ce sont des reproches de bout de chandelle mais totalement hystérisés par Onfray lui-même : Freud « cocaïnomane » (certes, l’époque découvrait la coca et l’on pensait bien innocemment que celle-ci avait des vertus curatives), « adultère » (passons sur le fait que l’histoire avec sa belle-sœur soit vraie ou fausse – ce qui est remarquable, c’est que le philosophe hédoniste et anticlérical fasse appel à une critique aussi puritaine et digne des curés qui l’auraient traumatisé dans son enfance ), sans doute « pater familias » comme on l’était à l’époque, certainement très ambitieux, et bien décidé à réussir sa carrière (ce qu’Onfray appelle de manière assez nauséeuse son « obsession de l’argent »), et parfois, avouons-le, « fanfaron » (quand Freud se compare à Copernic et à Darwin), mais quoi ? Tout cela, c’est de « l’intendance à charge », rien de plus…

ER : Écoutez, tout cela n’est pas sérieux. L’histoire de la liaison avec la belle-sœur (Minna Bernays) est très connue. Je vous la raconte à la fin de cet entretien : elle est à mourir de rire. Je vous en donne la primeur à la fin de cet entretien (un extrait), telle que je l’ai énoncée dans mon séminaire de 2007 sur la vie privée de Freud. J’ai ensuite passé mes notes à Michèle Perrot, ma directrice de thèse, pour sa magnifique Histoire de chambres ( Seuil, 2009) . Aux États-Unis, l’antifreudisme radical a pour épicentre la thèse de la perversion sexuelle de Freud, de son adultère, et caetera, thèse typiquement puritaine, alors qu’en France, l’antifreudisme radical ne porte pas sur la vie privée mais sur la doctrine assimilée à une théorie parasitaire, dépravée… Onfray lie les deux thèses, celle des puritains et celle des dénonciateurs de la doctrine parasitaire, étrangère au terroir français, d’où l’opposition qu’il propose entre le bon terroir régional (le marché d’Argentan) et la vie intellectuelle parisienne dépravée et donc freudienne. En outre, quand on sait que Onfray croit que Freud a fait un enfant à sa belle-sœur puis l’a obligée à avorter en 1923 quand elle avait 58 ans, on se demande si ce livre a été lu par l’éditeur et si l’auteur a bénéficié de correcteurs sérieux (p.246).

Pierre Cormary : Le comique de cette affaire est, pour un philosophe comme lui qui a toujours clamé qu’il était à gauche, et même à l’extrême gauche (et je pense qu’il est sincère quand il le dit), de s’être toujours retrouvé, et sans doute inconsciemment, du côté du pire. Ainsi de sa fascination pour les « érotiques » dites solaires, païennes, aryennes, ou relevant d’un tantrisme de pacotille, mais qui sont en effet l’apanage de l’extrême-droite athée, celtique, vaguement attirée par l’Inde et ses Svastikas. En ce sens, Onfray rejoindrait les occultistes moqués par Philippe Muray dans Le XIX ème siècle à travers les âges, et qui se distinguaient tous par leur antisémitisme essentialiste. Sans oublier sa récupération par Raël après la publication du Traité d’athéologie

ER : Vous avez raison, je l’ai dit autrement dans le texte que j’ai diffusé à tous les médias sans me référer du tout à Philippe Muray dont je ne partage pas les opinions. J’ai dit ce que je pense de ce Traité d’athéologie dont le brûlot contre Freud est la suite et dont voici la thèse : le monothéisme, religion de la pulsion de mort, préfigure le fascisme et le nazisme. Comme Freud est l’héritier du judaïsme, il est fasciste et habité par la pulsion de mort puisqu’il l’a théorisée et il persécute le peuple dont il est l’héritier. Tout cela ne tient guère debout.
Je voudrais maintenant changer de terrain : Michel Onfray m’insulte, mais il y a un an il m’a invitée à Argentan pour présenter le film qu’Elisabeth Kapnist a réalisé avec ma collaboration pour France 3 et ARTE en 1997 : Sigmund Freud. L’invention de la psychanalyse. Il m’a présentée alors comme la plus éminente historienne de la psychanalyse et nous avons donc débattu à propos du film, puisqu’Elisabeth Kapnist est amie avec lui. Pourquoi aujourd’hui refuse-t-il de débattre alors que de toutes parts on le lui propose : à la radio, dans un théâtre parisien et même à l’auditorium du Monde (journal auquel je collabore depuis 14 ans) et qui lui a accordé un droit de réponse, virulent, contre ma personne, après un article dans lequel je critiquais son livre et non pas sa personne. J’ai bien dit qu’une fois le livre publié, ma critique parue et la réponse aussi, j’acceptais ce débat et je l’ai fait savoir au directeur du journal Eric Fotorino et à ceux qui ont travaillé avec moi pour le hors-série. Pourquoi Michel Onfray refuse-t-il le débat à armes égales qui lui est proposé par tout le monde et pourquoi choisit-il, avec l’accord de certains journalistes et autres producteurs, les personnes avec lesquelles il entend débattre ? Il faudrait savoir : pourquoi Onfray recourt à l’insulte après m’avoir lui-même invitée ? J’avais déjà répondu alors à certaines de ses attaques, devant son propre public, puisque déjà à cette époque il commençait à dire sur Freud ce qui figure dans son livre. De quoi Michel Onfray a-t-il peur ?

Elisabeth Roudinesco est historienne, directrice de recherches à l’Université de ParisVII-Diderot (UFR-GHSS), habilitée à diriger des recherches (HDR). Elle tient depuis 1992 un séminaire sur l’histoire de la psychanalyse qui s’est tenu d’abord à l’EHESS, puis à l’EPHE et enfin à l’ENS. Ses ouvrages sont traduits en 30 langues.

L’Histoire de la rumeur de la liaison de Freud avec Minna Bernays :

La maisonnée Freud comptait donc environ 11 personnes : Freud, Minna Bernays, sa belle-soeur, Martha sa femme, six enfants et deux domestiques. Freud avait ainsi reconstitué l’univers familial auquel il était attaché. Et c’est au moment où Minna vit avec lui et où il n’a plus de relations sexuelles avec Martha que s’élaborent ses principales théories : l’Œdipe, la théorie nouvelle de la famille, l’abandon de la théorie de la séduction, toutes choses où sont traités les relations internes à la famille : séduction des enfants par les parents et par les pères, abandon de cette thèse, fantasmes, interdit de l’inceste, etc. C’est à partir de cette date aussi que Freud décide chaque été de céder à sa passion des voyages après en avoir eu la phobie et surtout il divise ses vacances : Martha a horreur des voyages. Freud passe donc en famille une partie des vacances d’été et voyage pendant l’autre partie et Minna est l’un de ses compagnons de voyage. Je dis “compagnon” car vraiment c’est le terme qui convient et non pas “compagne”, comme on le voit dans sa correspondance de voyage (Notre cœur tend vers le sud, Fayard, 2005, que j’ai préfacée). Durant l’été 1898, ils voyagent ensemble dans l’Engadine pour la première fois. Ils sont tout excités et écrivent des lettres à Martha. Ils décrivent les difficultés du tourisme à l’époque, comment ils trouvent ou ne trouvent pas de chambre : parfois une chambre pour deux mais le plus souvent deux chambres.
Le 10 août 1898, ils trouvent deux chambres et Minna écrit : “Je peux enfin parader dans ma robe de flanelle et avec tous mes bijoux et bien sûr Sigi me trouve toujours d’une élégance extrême mais je ne sais pas si les autres partagent cet avis” (Notre coeur, p. 115). Le 13, Freud écrit à Martha de Maloja qu’ils ont tous deux très bonne mine et qu’ils sont descendus dans un modeste établissement suisse face à une forteresse hôtelière (p. 117). Ils y resteront jusqu’au 15. Lors d’un voyage à Riva, près du lac de Garde, où ils retiennent deux chambres, Freud écrit qu’il est gêné par la présence de clients autrichiens qui peuvent le reconnaître et ce d’autant plus qu’il est accompagné d’une femme qui n’est pas la sienne. (p.134). Il se sent coupable à l’évidence, mais Minna pas du tout : pas trace de cela dans sa correspondance. A partir de 1922, trois femmes seront présentes au foyer de Freud : Minna, Martha et enfin Anna sa dernière fille qui, en quelque sorte, jouera auprès de lui un rôle similaire à celui de Minna. Sauf qu’analysée par lui elle deviendra chef d’école et qu’il en sera aussi jaloux qu’il l’avait été de Martha quand elle était courtisée par un jeune homme.
Il n’en fallait pas tant pour que Freud fût accusé d’être bigame et d’entretenir une relation sous son propre toit avec sa belle-sœur, avec le consentement tacite de Martha. A mesure que la psychanalyse obtenait du succès et que s’amplifiait la haine envers un Freud regardé comme un obsédé sexuel, l’idée s’amplifiait aussi qu’il n’était qu’un hypocrite et un menteur qui, tout en préconisant les interdits, les transgressait.
Cette rumeur existait à Vienne du vivant de Freud, mais elle commença à prendre de l’ampleur et surtout à devenir l’enjeu d’un grand débat historiographique à partir des années 50, c’est à dire à l’époque où le mouvement psychanalytique construisait son histoire officielle et au moment où Jones devenait le biographe de Freud. Plusieurs personnes s’en firent l’écho : Bruno Bettelheim, Carl Gustav Jung, Max Graf. Le premier n’avait jamais été un proche de Freud mais était lui-même un personnage transgressif et le deuxième avait été le plus proche disciple non juif avant la rupture avec lui. Jung était connu pour ses liaisons extra-conjugales y compris avec des patientes. Il était friand d’anecdotes et connu pour savoir les inventer plus vraies que nature.
Le 29 août 1953, interrogé par Kurt Eissler pour les archives Freud, il dit “la plus jeune sœur faisait un gros transfert sur Freud et lui n’y était pas insensible” et Eissler : “Vous voulez dire qu’ils ont eu une liaison” et Jung “Oh une liaison, je ne sais pas jusqu’à quel point mais mon dieu, on sait bien comment c’est n’est-ce pas? ”. En 1957, Jung revient à la charge et confie à son ami John Billinsky un témoignage que celui-ci ne rendra public qu’après la mort de Jung en 1969 : Jung évoque sa première visite à Vienne en 1907 : “Rapidement, je fis la connaissance de la plus jeune soeur de l’épouse de Freud. Elle était très jolie, et non seulement elle savait pas mal de choses sur la psychanalyse mais elle connaissait presque tout des activités de Freud. Quand plus tard je visitai le laboratoire de Freud, sa belle-soeur me demanda si elle pouvait me parler. Elle était très troublée par ses relations avec Freud et se sentait coupable. Elle m’apprit que Freud était amoureux d’elle et que leurs rapports étaient très intimes. Cette révélation me choqua et encore aujourd’hui je me souviens très bien de l’angoisse que je ressentis alors. Deux ans plus tard, Freud et moi fûmes invités à la Clark University de Boston. Pendant 7 semaines nous sommes restés ensemble chaque jour. Dés le début de notre voyage nous avons commencé à faire l’analyse de nos rêves réciproques. Freud fit quelques rêves qui le troublaient beaucoup et qui évoquaient toujours le même triangle : lui, sa femme, sa belle-soeur. Il n’imaginait pas que je puisse savoir quelque chose au sujet de cette relation”. Et quand Jung lui demande de faire des associations, Freud réplique : “Je pourrais vous en dire plus mais je ne peux me permettre de risquer ma réputation”. Examinons ce témoignage. D’abord il est publié par Billinsky après la mort de Jung. Ensuite Jung se contredit par rapport à ce qu’il a affirmé à Eissler. Enfin plusieurs choses sont frappantes : Minna n’était pas jolie, au contraire de sa soeur, et bien qu’au fil des années elles aient fini par se ressembler. Freud n’avait pas de laboratoire mais un bureau. Enfin, on ne voit pas comment Minna aurait pu donner un tel témoignage à un homme qu’elle venait de rencontrer. Enfin, s’il est vrai que pendant la traversée sur le Washington, les trois hommes se racontent leurs rêves et boivent beaucoup au point que Freud a une syncope, s’il est vrai que Freud refuse l’aide de Jung sur l’interprétation de ses rêves, rien ne permet de dire que ceux-ci portaient sur Minna. (Peter Gay, biographie de Freud, p.844) A partir des années 1970, avec l’émergence du courant révisionniste et le nouveau regain de haine de la psychanalyse, la conception d’un Freud pervers, père d’une fille perverse qu’il avait analysée pour la transformer en une perverse à son service fut alors employée à démontrer que toutes les théories du mouvement psychanalytiques n’étaient que la traduction d’une monstruosité familiale. Et que si l’on parvenait à démontrer l’existence d’une liaison avec Minna, tout l’édifice freudien s’écroulerait. Mais comment prouver l’improuvable ? Rien dans la vie ni dans les correspondances de Freud ne permettait de conclure à l’existence d’une telle liaison et rien d’ailleurs ne permettait de dire qu’Anna avait été homosexuelle, si ce n’est sa cohabitation avec Dorothy (les deux femmes ne dormaient pas dans la même chambre, mais cela ne veut rien dire) En 1982, Peter Swales, le plus fou des révisionnistes américains, appuyé par Adolf Grunbaum qui était en quelque sorte sa caution “scientifique” (physicien et savant, adepte d’un anti-freudisme virulent mais très écouté aux USA) fit circuler deux articles dactylographiés dont l’un seulement fut publié : “Freud, Minna Bernays and the Conquest of the Rome : New Light on the origins of Psychoanalysis” (New American review), et “Freud, Minna Bernays and The Imitation of The Christ”. Swales prenait appui sur un passage de Psychopathologie de la vie quotidienne, dans lequel Freud raconte l’histoire d’un jeune homme, Juif viennois, qu’il rencontre lors d’un de ses voyages et qui fait un oubli d’un nom en citant un vers de Virgile, celui de Didon qui attend son vengeur : “Exoriare aliquis nostri ex ossibus ultor” ce qui veut dire “Et toi quiconque (aliquis) né de mes ossements, mon vengeur”. Le jeune homme a omis le mot aliquis et Freud lui demande d’associer sur ce nom. Il pense alors à “liquis” puis au sang qui s’écoule du fameux Saint Janvier (San Gennaro) chaque année dans l’église napolitaine qu’il avait visitée. Et à partir de là il extrapole et finit par dire à Freud que ce qu’il redoute c’est que sa maîtresse lui annonce une fâcheuse nouvelle, un retard de règles, qui signifierait qu’elle est enceinte. S’appuyant donc sur la méthode freudienne d’interprétation, dont il prétend pourtant récuser la scientificité, Swales entend démontrer que cet exemple est une autobiographie masquée – comme d’ailleurs toute l’œuvre de Freud – et qu’elle signifie que Freud a eu une liaison avec sa belle-sœur, qu’il l’a engrossée puis faite avorter. Cette interprétation ne repose, bien entendu, sur aucun fondement.
Voilà donc comment l’historiographie freudienne nord-américaine a sombré dans le délire. Car cette position ahurissante de Swales a obtenu un franc succès aux USA – comme d’ailleurs celles de Jeffrey Moussaïeff Masson – dont je vous ai parlées – et c’est ainsi que s’est développée une campagne de terreur orchestrée par Swales et Grunbaum, lesquels, le plus sérieusement du monde, voulaient redresser les torts des historiens dits “pro-freudiens” pour les obliger à réécrire leur textes en fonction de la nouvelle preuve archivistique. Après avoir été longtemps en contact avec Swales qui me transmettait des documents de la Loc, j’ai donc été “menacée” et insultée dans la presse américaine et brésilienne (désignée comme “hystérique et putain”). Ilse Grubrich-Simitis a reçu des laxatifs par la poste et a été terrorisée. Sous le nom d’Aliquis, les deux compères ont donc commencé à menacer les autres historiens, leur intimant l’ordre de faire l’autocritique, puis ils ont arrosé la presse pour expliquer que Freud n’était qu’un faux savant ayant appliqué à ses patients ses propres fantasmes. Toutes ses théories n’étaient donc, selon eux, que les récits autobiographiques d’un pervers abusant de sa belle-sœur et inventant pour ses patientes des abus qu’il leur faisait avouer, tels les inquisiteurs d’autrefois.
Mais, de même que les négationnistes ont obligé les historiens non pas à accepter leurs thèses mais à les invalider avec des arguments rationnels, de même les révisionnistes anti-freudiens ont obligé les historiens à prendre au sérieux l’affaire Minna et à en faire un enjeu historiographique. C’est dans cette perspective que Peter Gay le dernier biographe de Freud a publié un article en 1990 intitulé “Le chien qui n’aboyait pas la nuit” (repris au PUF dans En lisant Freud, explorations et divertissements).
Expliquant que ce sont les dénégations de Jones puis les affirmations des autres qui l’on conduit à examiner le problème, Gay comme d’ailleurs l’historien Albrecht Hirschmüller qui l’établit, a examiné la correspondance entière de Freud et de Minna non encore publiée. Il s’aperçoit alors que certaines lettres manquent mais qu’aucune numérotation ne permet de dire qu’elles auraient été dissimulées. Et il ajoute que les lettres manquantes sont comme le chien de Sherlock Holmes qui n’aboie pas la nuit. Dans sa biographie il s’était engagé, sous la menace, à faire son autocritique au cas où une nouvelle archive serait découverte. C’est bien évidemment ce débat qui a de nouveau émergé récemment, faisant la une de toute la presse américaine et allemande et confortant les thèses d’Aliquis. Un sociologue allemand, Franz Maciejewski, a trouvé une nouvelle archive. Il s’agit de la signature de Freud sur le registre de l’hôtel Schweizerhaus daté du 13 août 1898 et désigné dans la lettre de Freud (Notre coeur) comme la forteresse hôtelière en face de laquelle il s’est installé avec Minna (dans une modeste auberge). Le registre indique de la main de Freud : “Doctor Freud u Frau”.
Il n’en fallait pas tant pour relancer le débat et les menaces ont recommencé, tendant à prouver que cette fois-ci et ce jour-là Freud aurait passé la nuit dans ce luxueux hôtel (et non pas en face) et qu’il aurait fait passer sa belle-sœur pour sa femme. Le plus étonnant, c’est qu’au titre de “preuve” du délit, le New York Times (24 décembre 2006) a publié la photographie de la chambre 11 telle qu’elle est aménagée aujourd’hui avec un poste de télévision et deux lits jumeaux. Cette thèse a été reprise par Ursula Gauthier (responsable du fameux numéro sur Le Livre noir de la psychanalyse) dans Le Nouvel Observateur ( “Sexe, mensonges et libido”). Je suis sommée en tant qu’historienne de “réviser” mon Dictionnaire et d’adopter la nouvelle vérité enfin révélée sur les escroqueries et les transgressions de Freud (11-17 janvier). Et j’ai répondu (NO, 15 janvier) en m’interrogeant sur la signification de la publication d’une telle photo (la chambre d’aujourd’hui) comme prétendue “preuve archivistique”).
Et du coup toute la presse mondiale, pressée d’ailleurs par Swales, qui écrit ses menaces à la main, en a déduit que cette fois-ci la liaison est attestée et que du coup Freud, étant un menteur, toute sa théorie s’écroule (Sunday Times, 7 janvier 2007, Frankfurter Rundschau, 28 septembre, 2006, etc) Que cette thèse soit irrecevable, c’est évident, mais que l’on puisse tirer de cette archive la moindre preuve fait problème. D’une part, Freud a pu signer ce registre et changer d’hôtel puisqu’il est resté trois nuits à Maloja, et, d’autre part, il a pu parfaitement dormir avec Minna dans cette chambre dont on ne connaît pas l’aménagement ancien, puisque de toute manière, ils dormaient parfois dans la même chambre quand ils ne parvenaient pas à en trouver deux (comme c’est indiqué dans Notre coeur).
Le chercheur s’est donc contenté de cette signature pour accréditer la thèse d’un Freud amant de sa belle-sœur et dissimulateur, alors que le minimum eut été de regarder le registre de l’hôtel d’en face – si toutefois il existe encore – et de se renseigner sur la disposition des chambres à l’époque. Plutôt que d’une intentionnalité dissimulatrice, on peut aussi bien interpréter le “u Frau” comme quelque chose de banal : Freud se sentait coupable qu’on le voie avec sa belle-sœur, ce qui veut dire qu’il pouvait parfaitement la désigner comme sa femme dans les hôtels pour avoir la paix. La dissimulation ne porte pas forcément sur un acte réel dont on ne saura jamais s’il a eu lieu. On peut aussi interpréter le “u Frau” autrement. Dans le monde germanique de cette époque, et notamment en Suisse alémanique, ce syntagme signifie, dans la tradition hôtelière, que l’on choisit une chambre double, quelle que soit la personne avec laquelle on voyage. Comme c’est le cas aujourd’hui encore en Italie quand on réserve une chambre “matrimoniale” : cela veut dire “deux personnes” (une chambre double) et pas forcément pour un couple marié. Il est donc possible que Freud ait utilisé ce terme avec cette signification.
Mais ce qui est certain, c’est que si liaison il y a eu, elle ne peut qu’être brève – seulement lors de ce premier voyage, où apparaît une excitation particulière et là il y a un doute – et que toutes les thèses accusatrices ont le défaut de n’être pas des preuves mais des interprétations de faits visant à détruire Freud et la psychanalyse. Le plus étonnant, c’est qu’un psychanalyste suisse, Ferruccio Bianchi, habitué de cet hôtel où il passe ses vacances d’hiver, alerté par toute cette affaire, semble avoir résolu le “problème de la chambre” : “J’ai souvent séjourné dans la chambre 23, écrit-il, et je la connais donc bien. La chambre 11 où a séjourné Freud, est aujourd’hui la chambre 23. Et cette chambre 23 est une chambre double, une sorte de petit appartement, avec une grande pièce et une petite pièce qui communique avec l’autre. Je la connais bien, car nous étions en famille et nos enfants étaient dans la petite chambre. Le gérant me confirme qu’à l’époque, il y avait la même conformation des lieux” (Le Carnet psy, avril 2007).
Il est donc évident désormais que la thèse de Swales et Maciejewski est entièrement fausse, ce qui n’empêche pas ce dernier d’écrire aujourd’hui un livre entier sur le sujet. Mais j’ai bien l’intention de me rendre sur les lieux un jour…

Elisabeth Roudinesco

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