Dans les débats sur le transhumanisme, l’attention se porte le plus souvent sur les questions de faisabilité technique et éthique, du type :

– « est-il possible d’augmenter considérablement l’espérance de vie (jusqu’à mille ans, par exemple) ? »

– « est-il possible d’atteindre cette objectif en respectant l’environnement et les droits de chaque être humain (sans augmenter les inégalités, par exemple) ? »

Il faut aussi s’interroger sur le but poursuivi :

À supposer que soient surmontables tous les obstacles techniques et éthiques à l’avènement d’une société transhumaniste, celle-ci constitue-t-elle un objectif bon et désirable ? En ce qui concerne cette question de la finalité, un point mérite une attention particulière : puisque les limites physiques de la planète imposent une limite à la population totale, le non dépassement de celle-ci une fois qu’elle est atteinte suppose que le taux de fécondité ne dépasse pas environ deux enfants par femme (sauf à envisager la colonisation spatiale).

Il en résulte que, dans une société où l’espérance de vie serait de mille ans, la proportion d’enfants de moins de dix ans devrait être de l’ordre de 1%, au lieu de 10% dans une société à population stable où l’espérance de vie serait de 100 ans (ce qui constitue, en ordre de grandeur, la limite indépassable pour une humanité non transformée génétiquement ou par des moyens technologiques). Et la proportion des jeunes de moins de 20 ans serait de 2%, au lieu de 20%.

Outre les problèmes de régulation des naissances qu’impliquerait une telle évolution de l’humanité (une femme vivant mille ans ne pourrait avoir en moyenne que deux enfants), la perspective d’une raréfaction considérable de l’enfance et d’un extrême ralentissement du renouvellement des générations doit être sérieusement prise en compte. Voulons-nous vraiment d’une telle société ?

Pour réfléchir à cette question, voici deux articles d’auteurs transhumanistes qui montrent bien que :

– si l’allongement de l’espérance de vie n’entraîne pas nécessairement la surpopulation,

la raréfaction de l’enfance est inévitable, et problématique (par Marc Roux, porte-parole de l’Association Française Transhumaniste).

À titre personnel, j’y vois non seulement une raison suffisante de rejeter le « longévitisme » qui caractérise toutes les approches transhumanistes, mais une objection beaucoup plus à même d’être entendue par les transhumanistes que celles portant sur la faisabilité.

Tout ceci invite en tout cas à une réflexion approfondie sur le lien entre la mort et l’accueil de nouveaux êtres humains, qu’un passage d’une vidéo de Nicole Ferroni évoque avec un humour qui donne à songer.

Finalement, la perspective d’un allongement extrême de l’espérance de vie – indépendamment des questions de faisabilité –, nous pousse à considérer l’acceptation de notre mort non pas seulement comme une limite à supporter ou, pour les croyants, comme la naissance à une vie transformée, mais comme une ouverture à l’accueil de nouvelles personnes en notre humanité.

Jean-Baptiste Lecuit, auteur de ce site