Psychologie et religion : une interview d’Antoine Vergote

2016-10-12T16:02:38+00:0021 décembre 2013|

Vergote

Dans cette interview parue en 1993, Antoine Vergote, pionnier de la psychologie de la religion en Europe, expose de façon simple des éléments essentiels de sa pensée, notamment en ce qui concerne :

  • Le fait que la psychologie n’a pas à expliquer la religion
  • La spécificité du christianisme
  • Les aspects psychologiques de l’athéisme
  • L’intégrisme
  • Les critères de validité psychologiques de l’expérience religieuse

Consulter l’article :

Télécharger l’article complet « Psychologie et religion », Interview d’A. Vergote par Michel Vandeleene, Nouvelle Cité, 357 (1993) 7-10 fr Vergote, Psychologie et religion, Nouvelle cité, 1993

Cet article ne comporte pas la totalité de l’interview, qui n’est disponible qu’en version italienne, à télécharger ici : ie Vergote, Psicologia e religione (Les passages absents de la version française y sont encadrés)

Extraits de la version française :

Sur la spécificité de la foi chrétienne, p. 8-9 :

« 

[La foi] est une disposition tout à fait particulière au christianisme. On en trouve le commencement déjà, évidemment, dans la Bible ; lorsque, selon la conception biblique, Dieu se déclare comme un Dieu personnel. Or qui est une “personne”, sinon celui qui, dans une parole personnelle, s’adresse à l’autre ? Dieu parle à Moïse et dit “Je suis qui je suis.” Ce Je introduit quelque chose d’absolument nouveau dans l’histoire des religions. “Il faut reconnaître la spécificité de cette religion”, me disait un historien incroyant, Jean-Pierre Vernant. Cette spécificité de la conception de Dieu donne lieu également à une disposition religieuse particulière, celle qui dit : “Je crois”. “Je crois en”, non pas “Je crois que Dieu existe”, mais “Je crois en Dieu”. Cette attitude de foi, avec tout ce que cela peut comporter aussi comme doute, est propre à la religion chrétienne et le psychologue doit le reconnaître. Le doute d’ailleurs n’a de sens que sur la base de cette disposition à être invité à croire, qui était inconnue ailleurs. Cela, c’est un fait objectif que l’on observe dans la culture et dans l’histoire des religions et qui donne le cadre dont le psychologue de la religion, qui s’attache à l’étude du christianisme, doit tenir compte. »

Sur les aspects psychologiques de la non foi en Dieu, p. 9 :

« Psychologiquement, on comprend que, lorsque l’homme est en face d’un Dieu personnel, qui est un Dieu d’amour, mais qui en même temps est un Dieu qui exige qu’on adopte la même disposition divine d’amour, l’homme est beaucoup plus convaincu et conscient de ses insuffisances. II prend alors facilement une attitude de défense, car cette relation demande un tel engagement qu’elle peut devenir angoissante. Il faut un saut de confiance pour accepter cette relation dans la paix. On peut prêcher que Dieu est miséricordieux, mais pour celui qui est vraiment conscient de ce qu’est son engagement devant le Dieu très personnel, Amour et Saint, il ne suffit pas de répéter simplement les mots “Dieu est miséricordieux”, il faut en même temps être convaincu que c’est le Dieu très saint et très exigeant qui est miséricordieux. Et on sent très bien, régulièrement, qu’il y en a qui sont trop effrayés devant cet aspect. Ils se sentent là presque pris dans un piège de culpabilité et ils évitent la relation. C’est une chose que la psychologie peut éclairer. Ce n’est pas simplement une question de difficultés intellectuelles, il y a une difficulté psychologique ».

Sur le risque du repli identitaire, p. 9-10 :

« Cette tendance à l’utopie intégriste est évidemment psychologiquement produite par cette religion chez des personnes qui précisément ne savent pas surmonter leur inquiétude personnelle devant la distance qu’ils observent entre ce que proclame la foi et la réalité du monde tel qu’ils la voient. Par cet intégrisme ils surpassent leur angoisse personnelle. […] Être minoritaire pour un chrétien est un grand défi, car spontanément la majorité semble signifier la vérité. Il peut y avoir alors une attitude de défense qui se manifeste dans le repli du groupe qui s’oppose au milieu ambiant pour se sauvegarder. Une certaine vie de communauté est absolument nécessaire psychologiquement parce qu’il faut être extraordinairement fort pour tenir seul quand on voit que le monde ambiant est différent. Normalement, l’homme doit sentir qu’il fait partie d’une communauté. Cependant le danger d’une communauté est qu’elle introduise un clivage avec les autres du monde. La psychologie peut éclairer ces phénomènes qui sont introduits précisément par ce type de religion qu’est la religion de la foi ».

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Il s’agit d’un détail de la Création d’Adam, de Michel-Ange. La proximité entre le doigt d’Adam et celui de Dieu symbolise le lien entre l’être humain et Dieu. Elle évoque aussi le rapport entre les visions scientifique et théologique de l’être humain.
Jean-Baptiste Lecuit, auteur de ce site

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